On a plutôt l’habitude d’écouter Kevin Morby en été, avec une mélancolie délicate que l’on accepte seulement parce qu’on sait que notre quotidien iodé viendra nous sortir de la torpeur. Ou alors quand les feuilles jaunissent le dimanche après-midi et que le cocon de notre appartement nous permet d’écouter ces mélodies qui ne sont jamais vraiment trop tristes. Mais pour cette fois, la légèreté prend le large, bouleversée par un quotidien qui accumule les violences policières, les attentats de Paris, une violence universelle qui donnerait presque envie de se taire à jamais. Morby passe donc le cap de l’engagement, tout en gardant cette grâce qui lui est propre. Six minutes pour faire un état des lieux un peu inquiétant d’un monde qui nous confronte à tant de problèmes qu’on n’a plus le temps de chanter les nôtres.