On vous présentait KARYYN  il y a quelques semaines pour la sortie de son clip ALEPPO, à l’époque la productrice n’avait sorti que deux morceaux et son nom était toujours associée à Björk (qui l’a cité comme une de ses inspirations dans une interview pour le Guardian) comme une forme de validation. Depuis deux nouveaux titres ont fait leur apparition et ce qui se dessine est d’une telle ampleur qu’il ne justifie aucune comparaison. ALEPPO était un hommage à la ville syrienne où KARYYN et sa famille passaient leurs vacances, la destruction d’une ville et de son passé s’entremêlaient avec des souvenirs d’enfance inaltérables. PURGATORY va plus en détail dans l’exploration de ces souvenirs en contant un épisode bien précis: KARYYN et ses sœurs partant explorer les montagnes d’Idbil (Syrie) et se retrouvant bloquées derrière des roches dont elles seront libérées par l’intervention de leur tante. La production se dépouille ici de tout effet sonore pour laisser tout le champ libre à une voix puissante et cristalline soutenue uniquement par des vagues de synthé. Le clip débute lui par des vidéos de sa famille chantant des chants traditionnels arméniens comme une preuve supplémentaire de l’imbrication entre son histoire familiale et sa production artistique qui semble caractériser sa musique.

Mais c’est avec YAJNA que le son de KARYYN se charge en complexité et prend de l’étoffe. Le titre est beaucoup plus produit, des effets de superposition de voix, d’écho, de changements de rythmiques et de bruitages accroissent l’intensité du morceau et lui donnent une charge émotionnelle bien plus puissante. KARYYN a vécu à Berlin où elle a travaillé plusieurs années à la composition d’opéras et de bande originales, elle a appris à donner forme à des mondes et des histoires avec quelques notes et quelques minutes. Celui qu’elle créée petit à petit est peuplé de souvenirs, de fragilité et de pureté gratuite.