Video kills the radio stars

A l’heure où le nombre toujours plus grand de tubes interplanétaires dévorent de plus en plus le peu d’espace disponible sur les fréquences radio et les chaînes télé, force est de constater que nous avons définitivement abandonné les schémas classiques de diffusion pour nous tourner vers des outils internet qui nous permettent désormais de faire notre propre sélection musicale du moment. Ces outils de diffusion (qui ont accessoirement comme effet secondaire de créer ce moment de gène ultime où ton pote essaye à tout prix de te faire écouter sa dernière playlist pop-rock-électro) se sont développés au détriment du concept même de la radio, celui d’accepter d’entendre des tracks qu’on a pas choisi d’écouter.

Ce phénomène d’aseptisation des systèmes de diffusion classiques au profit du dictat des industries musicales a eu pour principal effet de faire chier tout le monde, mais il a aussi fait naître un nombre incalculable de radios pirates et de web radios, prêtes à mener la rébellion contre un business en perdition. Ces stations, fondées dans le but de faire entrer le plus possible de brebis égarées dans le monde désormais englouti de la bonne musique, font d’ores et déjà parti d’une contre culture qui prend de plus en plus de place. Intergalactic fm fait partie de ces radios qui sans prétendre prêcher la bonne parole permettent aujourd’hui à nos pauvres âmes transies de trouver la lumière dans les ténèbres de la musique contemporaine.

Internet Music

Développé pour la première fois en février 1995 par Radio HK, le concept de web radio voit le jour grâce au logiciel d’audio conférence CU-seeme qui permettait de diffuser un CD audio en boucle. Mais c’est avec l’utilisation des serveurs RealAudio et le principe du streaming que le phénomène prend de l’ampleur à l’aube des années 2000. Poussée par la naissance du « tout internet » et l’avènement de l’ordinateur, la webradio devient rapidement le principal système de diffusion parallèle puisque permettant d’échapper aux contrôles et aux quotas imposés par les organismes de censure, ainsi qu’à la nécessité de diffuser de la publicité pour rentabiliser les programmes. Si beaucoup de stations radios classiques ont désormais investi l’espace internet pour permettre une plus large diffusion de leurs programmes, le réel intérêt des web radios réside aujourd’hui dans les organismes associatifs tout à fait autonomes et fonctionnant par système de donation. Ces stations, en plus de former un héritage d’importance pour une génération en manque de contre-culture, permettent une appréhension nouvelle des milieux musicaux underground, que l’on sait ô combien nombreux, et font de la diffusion radio l’outil parfait pour vos aprèms de dig pluvieux.

Made in Pays-Bas

L’homme à l’origine de ce bijou radiophonique n’est autre que le célébrissime producteur et DJ Ferenc E. Van Der Sluijs, plus connu sous le pseudonyme I-F et décrit aujourd’hui comme une figure de la dance music underground. Pionnier de la scène électro néerlandaise, il débute dans les années 90 sur Bunker Records, aux côtés de Guy Tavares, Jan Duivenvoorden et Menno van Os, avec qui il fonde Unit Moebius. Basé à La Haye, le groupe participera grandement à l’essor de l’acid-techno et de l’industrial dance et témoigne encore aujourd’hui de l’influence musicale qu’ont eu les Pays-Bas sur le reste de l’Europe. Sous couvert de faire danser l’ensemble de la jeunesse néerlandaise, I-F orchestre alors une réelle révolution en devenant le premier importateur de la Chicago house et de la techno de Détroit en Hollande. C’est également à cette époque qu’il monte ses propres labels, Viewlexx en 1995 puis Murder Capital en 1996. Eclectique jusqu’au bout, Ference pousse le vice jusqu’à remettre au goût du jour l’italo disco, revival le plus inattendu de l’histoire de la musique, avec le désormais célèbre Mixed Up in The Hague sorti en 2000, véritable encyclopédie musicale du genre.

Non content de travailler à la fois pour ses deux labels et sa société de production Hotmix, le DJ fonde en 2002 le Cybernetic Broadcasting System, une web radio qui devient rapidement l’épicentre de la culture dance hollandaise. Fermée en 2008 pour d’obscures raisons, la radio rouvre en 2009 sous le nom de Intergalactic FM et relance la machine infernale de feu CBS pour devenir LA web radio hollandaise, et ce encore aujourd’hui. Faisant figure de mécène radiophonique, IFM mets en place des liens entre les labels Clone recording de Rotterdam, Bunker records de La Haye, Creme Organization de Leiden et Delsin records d’Amsterdam afin de diffuser les toutes nouvelles perles electro néerlandaises. En faisant de la diversité et de la qualité sa ligne de conduite, la radio offre une sélection musicale originale et pointue qui sort des carcans de la diffusion de masse pour emmener ses auditeurs vers le nirvana pourtant élitiste de la dance music.

Good vibration

Divisée en 5 canaux (Murder Capital FM, Classix, ABC, Dream Machine et The Garden) diffusant 24h/24 et 7j/7 italo disco, house, techno, hip hop, bossa nova et ambiant, IFM a su en seulement six ans d’existence fédérer une légion toujours plus grande de fans à travers le monde entier. Et pour cause, que vous soyez sur la plage en train de boire un mojito vert fluo qui vous aura couté une blinde, en soirée dans l’appart du cousin du frère de la copine de votre coloc ou perdu dans la forêt de Rambouillet parce que votre pote pensait pouvoir se repérer (ouais, c’est une des dérives possibles des émissions comme Man vs Wild), Intergalactic FM viendra vous éclairer de bonheur, de good vibes et d’amour. Toujours porté sur l’avant-gardisme, la radio diffuse en continu un concentré de ce que la musique actuelle à de mieux à nous offrir et permet de faire connaître un nombre toujours plus important de musiciens qui forment désormais le futur de la dance music européenne. Et franchement, à une époque où une track de house sort environ toute les dix secondes, il est bon de pouvoir compter sur des types qui passent leurs vies derrière des ordis à killer des canettes de redbull en écoutant des chansons qui dans deux mois feront l’unanimité dans la quasi totalité des soirées arty/branchées d’Europe.