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A seulement 26 ans Tyler a déjà vécu une pleine carrière: le succès fulgurant avec Odd Future, le déclin à mesure que le crew s’étiolait, la traversée du désert et le come back gagant. Tandis que Frank Ocean, Syd The Kid ou Mellowhype prenaient de l’envergure et gagnaient en maturité, Tyler semblait lui bloqué dans cette image de trublion/bouffon du rap jeu multipliant les identités parfois contradictoires. Des paroles glauques illustrées de clip malaisants couplés avec une esthétique kitsch à base de polos à pois, de donuts et de lol cats. Récemment cela a pris la forme plus problématique avec des propos à tendance misogyne et homophobe qui lui ont valu d’être interdit de concert dans plusieurs pays alors même que deux anciens membres d’Odd Future sont des figures de proue du « rap gay ». Il faut bien avouer qu’on ne donnait plus cher de la peau de Tyler mais le single Who dat boy ? nous a méchamment remis à notre place et avant même qu’on ait eu le temps de faire des suppositions sur la teneur de l’album Scum Fuck Flower Boy (son titre originel) était entre nos mains. D’un coté le tordu (scum fuck), de l’autre le sensible (flower boy): illustration de la schizophrénie de Tyler.

Seul comme Akon

La première track sert littéralement de prélude (Foreword) à la tonalité de l’album en évoquant d’entrée de jeu les idées suicidaires « And if I drown and don’t come back/ Who’s gonna know« . Il évoque l’avant Goblin (2011): ses conditions de vie pré-richesse (Where this flower blooms..), les angoisses de sa mère sur sa santé mentale, les journées d’ennui mortel à ne pas s’alimenter en attendant que quelqu’un appel (Boredom). Mais entre temps Tyler a connu la célébrité et appris durement qu’elle n’était pas si parfaite non plus: il faut toujours rester sur ses gardes (Pothole), l’isolement persiste au milieu de l’agitation et des nouvelles amitiés souvent intéressées (Mr Lonely), à l’ennui succède le manque de temps à accorder aux choses qui lui importent vraiment (I ain’t got time). Les projets solo de Tyler ont toujours été largement en décalage avec l’image d’entertainer qu’il se plaisait à alimenter mais c’est la première fois qu’il évoque ses pensées sombres, ses doutes et sa solitude de manière aussi directe, presque didactique (« I’m the loneliest man alive […] I say the loudest in the room/Is prolly the loneliest one in the room. that’s me« ) et les métaphores filées à tendance naturaliste ne suffisent pas à brouiller les pistes (Where this flower blooms qui compare sa carrière à l’éclosion d’une fleur).

So what are we ?

Ce sont surtout les paroles sur sa sexualité qui ont retenu l’attention et semé le trouble, avec des phrases comme « I’ve been kissing white boys since 2004 » ou « That I got this car, so I take the scenic/ Passenger a white boy, look like River Phoenix » ou encore l’intégralité de Garden shed qui parle de sortir du placard (« For the garden/That is where I was hidin’/That was real love I was in/Ain’t no reason to pretend/Them feelings that I was guardin« ). Il n’en fallait pas plus pour ressortir un tweet de 2015, pour spéculer sur des propos homophobes ayant pour but de masquer sa propre homosexualité, pour s’interroger : Flower Boy serait-il son aveu d’homosexualité ? son 4 juillet 2012 à lui ? Dans le fond peu importe. Le fait est qu’en faisant des allusions à peine voilées ou au contraire en mettant les pieds dans le plat sans rien commenter par la suite Tyler nous a juste donné un énorme os à ronger et que celui ci a de plus en plus la saveur du trolling.
Musicalement l’influence de N.E.R.D n’a jamais été aussi prégnante, les productions ont cette sonorité typique de Tyler avec des intercalaires de voix, des changements de rythmes inopinés, des chœurs qui donnent soudain une tonalité très cheesy au morceau (911), de nombreux guests (Frank Ocean, Lil Wayne, Estelle, A$AP Rocky, Kali Uchis, Steve Lacy, Jayden Smith,…) . Alors que sur Cherry Bomb il semblait avoir pris de la hauteur et s’être émancipé des attentes qui pesaient sur lui, Flower boy fait office de rétropédalage pour se placer dans la droite lignée de Goblin et Wolf. La critique parle de son album le plus mature et sincère mais il se pourrait bien que ce soit tout l’inverse. Sur le ton de la confession Tyler a ajouté une facette au personnage qu’il peaufine depuis toujours et épaissi l’écran de fumée qui l’entoure.

Tyler The Creator- Flower Boy
8.6Note finale
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