Ces dernières années, l’excitation musicale arrive par courant d’air chaud depuis l’Orient. Entre tempête de sable underground ou thé à la menthe bien chaud, on se fait facilement surprendre par une saveur ou aléa climatique imprévu dans la sphère musicale et culturelle. L’heure est aux mélanges des cultures et influence locales avec des moyens techniques actuels.  Cette fois ci ce n’est spécialement accueillant ni sucré, mais plutôt froid et très profond, tels des descendants des anciens princes perses de la cold wave et du zombie rock trash.

Le devenu très prophétique duo israélien, Red Axes, bien loin de renier ses origines, a décidé de produire la scène underground locale de Tel Aviv en émettant des disques exclusivement en langue hébraïque sur leur label Garzen Records. Sans connaître la culture de ce pays, ni sachant très bien son histoire (pardon à mes professeurs d’histoire de lycée que j’ai si peu valorisé…), on peut tout de même dire que sa scène musicale raconte beaucoup de choses sans avoir sa langue dans la poche. Ici, The White Screen est un groupe revendicateur, provocateur de la scène underground israélienne.

Langue hébraïque, langue magique

Le bordel historique, le bordel religieux, le bordel politique. Les bons mélanges font les bonnes soupes? Goûts étranges émergeant de la scène post punk mais qui oublient la monoligne de synthé mega cheap qu’on a copié et revendu depuis 1981. A la place on retrouve toute une palette sonore qui sort de la gorge non moins profonde de Gabriel Goid, accompagnée de son cousin Gilbert.

Cette écriture est considérée comme la maman du grec donc un peu comme une racine de nos racines, d’après des sources Internet dont je tairais le nom. Niveau sonorités, c’est guttural et proche du sublime. The White Screen en fait un instrument très particulier dans la composition de leur album du même nom. L’histoire au service de la protestation, des mots lourds qui ont à peine besoin d’être traduits pour être compris. On fait face à des textes très expressifs et revendicatifs d’une société en perdition.

Ecran noir

Hélas je ne parle ni comprend l’hébreu mais après renseignement et un sacré sens de la déduction, on comprend très vite que ces mecs parlent pas de pâquerettes et de la rosée du matin. Classé dans le politiquement (très loin du) correct, et taclant absolument tous les aspects du système israélien, l’album dévoile une crise globale dans une région où l’Homme est très peu pratiquant de la liberté.

Telle une plainte qui ne décolle jamais, The White Screen est une balade, un gros trip sous substance pas super accueillant à la première écoute. Mais la magie opère quand on se laisse prendre par la voix et les guitares bien sales, juste envie de rider une auto dans le désert en lançant des grenades par la fenêtre. Chacun ses fantasmes. On passe doucement à des mélodies lentes vers des beats rock plus chauds, très identitaires et assumés du début à la fin, une énergie très puissante vomie dans un micro proche de la noirceur plutôt qu’un écran blanc.

The White Screen est une formation très atypique de notre sphère musicale occidentale. Un album, un concept, un groupe (une culture) très recommandable et à suivre de près.

The White Screen - המסך הלבן
8.4Note finale
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9.9