Thermomètre de la joie au maximum, cœur avec les doigts dans ta face et headbang  de la mort toute la journée : le dernier album des texans Ringo Deathstarr est là ! Après le sublime Mauve sorti en 2012, le groupe revient en grande pompe avec un album poignant, violent et résolument superbe, intitulé Pure Mood. Fidèles aux longues années de shoegaze qui les précèdent, et renouant brillamment avec leurs amours rythmiques dérivés de l’âge d’or du rock alternatif (les années 90, ben oui), Ringo Deathstarr nous livre un album extrêmement riche, qu’il va falloir se procurer de toute urgence.

Loveless

avec une batte de baseball
Dès la sortie de leur premier album studio, en 2011, on s’était dit que ça allait être dingue. Sans rire, parce que des mecs qui surfent sur le shoegaze, sans annhiler le côté dreamy mais en poussant le niveau de trash autorisé dans ses retranchements, c’est de la bombe. Ca vous fait penser à quelqu’un d’autre ? A Place To Bury Strangers, dès 2003, avait donné un sacré coup de fouet en redéfinissant le shoegaze comme un genre où il n’est plus bon de regarder ses pieds, mais bien de donner des gros coups avec… En rendant hommage à cette branche  shoegaze /OVNI mise en place par les demi dieux de Jesus and Mary Chains. Si Pure Mood commence dans un espace étrangement calme, il faut deux minutes top chrono au groupe surexcité pour passer de la jolie ballade Dream Again aux électriques Heavy Metal Suicide et Stare At The Sun. C’est le début d’un head-banging ultra violent, qui ne sera entrecoupé que de quelques moments d’intense réflexion où on répétera avec emphase les deux trois mots qui s’échappent du torrent de notes que déversent le trio dans nos oreilles en feu.
On en fait trop ? Pas sûr. Il fallait oser, ce classique passé au gravier, ce monument infiniment shoegaze et pourtant complètement à côté du genre. C’est bien simple : rappelez vous de ces moments dans Loveless, où la guitare s’énerve mais qu’on en voudrait plus. Maintenant multipliez cette envie par trois et prenez tous les autres morceaux en appuyant bien fort sur la disto. Voilà, vous y êtes. Pure Mood, un Loveless branché sur une pédale hard-noise. Ringo Deathstarr chante des ballades romantiques (l’incroyable Boys In Heat, Guilt…), certes, mais ils les chantent en volume maximal, la voix à la limite de la fausse note, et la guitare furieuse qui accompagne la batterie en frôlant même parfois le stoner rock…  C’est du génie. On le dit, on s’en fout. Non, on avait pas frissonné comme ça depuis la sortie de MBV en 2013.

 

Dans quel état j’erre

Qu’on soit clairs. Le shoegaze, c’est un peu devenu le perfecto de la musique alternative : vu et revu, il est rare de pouvoir lever sa coupe à une relève du genre, si ce n’est aux pionniers du nu-gaze, qui continuent encore et toujours à produire sans s’arrêter même si ils sont devenus super vieux. Au passage, coucou Sonic Youth.
Donc oui, on est contents de pouvoir dire qu’un groupe relativement neuf, qui n’avait pas fait trop de vagues jusque là, retourne sans préavis tout le schmilblick en hurlant « ha ha, deal with THAT! » et renvoie au panier les trois quarts des groupes de shoegaze qui tournent sur le marché. C’est un peu comme quand Broadcast avaient sorti Extended Play Two en 2000 : la dream pop a pris une sacrée claque. Et qu’est-ce qu’on attend de la musique, si ce n’est qu’elle nous fasse vaciller, tomber dans les pommes, même, et qu’elle remette en question quinze ans de téléchargement compulsif et une bibliothèque Itunes complète ? Ben, pas grand chose.
On a même pas tant envie de vous présenter chaque morceau, de parler de la construction narrative ou des lignes de basse démentes. Si tout l’album s’orchestre parfaitement, c’est surtout parce qu’il arrive à passer d’un état à un autre sans chercher l’harmonie globale, mais en préférant déstabiliser l’oreille. On passe du chaud au froid sans préavis, de la ballade aux hurlements viscéraux, et ça tient par on ne sait par quel miracle.

Produit parfait du shoegaze mangé par le grunge (Frisbee) , de la dream pop violentée par la noise (Old Again) et d’une tendre nostalgie pour le travail de Kim Deal (Big Bopper), Pure Mood est un bijou de sentiments contraires, brutaux, qui permet aux texans de se glisser dans le panier peu rempli des très bons groupes de shoegaze, et de continuer, sans cesse, à redéfinir ses contours.

 

Ringo Deathstarr - Pure Mood
9.5Note finale
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