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D’aucuns se lancent dans l’élaboration du plus bel album photo jamais réalisé à la naissance de leur bambin, Mr Mitch a lui choisi de faire ce Devout, avec ce que cela implique de photos floues et de stickers mal placés. Sur Parallel Memories sorti en 2014, le producteur ne se donnait pas la peine d’être explicit, dans ses thématiques comme dans ses ambitions. Il semblait chercher à apporter une vision de la grime, une facette que chacun pouvait choisir d’interpréter plus ou moins à sa façon de part le minimalisme et l’apparente simplicité qui s’en échappait. Ici tout est tellement légendé, cadré et explicité qu’il est parfois difficile de se laisser entrainer et surtout de s’approprier le récit proposé.

Un papa un papa

Priority fait intervenir P Money pour une track de grime en bonne et due forme. Si l’on ne prête pas attention aux paroles, sur ce morceau comme sur l’intégralité de l’album en fait, on ne verra rien de particulier; un enchainement de titres bien construits, solides, convenus pour certains (comme Priority) et plus inhabituels pour d’autres, gravitant dans le monde de la grime avec plus ou moins d’éloignement des codes mais derrière ce flow, P Money nous parle paternité. De fait, c’est la thématique très largement majoritaire de l’album, originale certes mais peut-être parfois un peu trop excluante pour quiconque n’a pas fait l’experience de la parenté. En résumé c’est un peu comme devant un enfant, on peut très vite s’ennuyer.

Fate avec Denai Moore ne déroge pas de cette utilisation de voix rnb, toute douce comme semble l’être devenue la réalité de Mr Mitch. Le titre transcrit un des défauts de l’album, un côté parfois un peu fade qui non seulement ne se lance plus dans l’exploration mais laisse se développer un aspect un peu « pantouflard » du producteur. Mr Mitch n’est toujours pas du genre à s’éterniser. Les titres dépassent rarement les 4 minutes et leurs intitulés se développent en deux mots, cependant on sent un débordement de sentiments, de découvertes et d’anecdotes qu’il a rencontré en tant que nouveau parent.

La maturité

VPN vient réveiller un album et élargir les horizons du côté du dancehall avec l’aide de Palmistry. Si l’on voulait être un peu (trop) schématique on dirait que Palmistry est à Mr Mitch sur cet album de que Poopcan était à Drake sur More Life…à l’exception près que Palmistry vient tout droit de Londres, moins exotique. Pleasure avec Py s’aventure à nouveau sur des terres un peu moins balisées qui nous ramènent du côté d’artistes comme FKA ou Fatima Al Qadiri pour une version un peu moins grand public. Our Love marque assez clairement ce tournant beaucoup plus mélodique, beaucoup plus cotonneux qu’a pris le producteur sur cet album. Même lorsque l’on renoue avec les errances acoustiques, on reste dans une sorte de discretion, éloignée des lourdes basses et des ruptures trop marquées dans la construction des morceaux comme le prouve Black Tide. Mr Mitch semble avoir passé un cap d’un seul coup, à la fougue parfois un peu confuse mais assez excitante de ces premiers essais s’oppose une cohérence sans faille et une assurance qu’il est fort possible qu’elle se confonde pour tout ceux qui ne sont pas encore prêts à prendre les choses au sérieux insérer un selfie)  en une sorte de platitude.

Ce Devout a le mérite d’évoquer un sujet dont on ne parle littéralement jamais en musique, en tout cas ni dans le rap et surtout pas dans la grime. Seulement si le sujet peut sembler vaster et à l’air tout à fait palpitant, la forme peine à se renouveler et surtout à défier. Sans aucun doute la paternité de Mitch l’a délivré d’un certain nombre de monstres, de menaces souvent anonymes qu’on sentait tapies dans les puissantes basses qui surpeuplement Parallel Lines ou la lourdeur d’un titre comme The Man Waits mais la plénitude a laissé a quelques reprises la conformité prendre le pas, faisant de cet album une réussite en demi-teinte.

Mr Mitch - Devout
6Note finale
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