On dirait que Septembre est une bonne période pour les groupes dits « générationnels ». Après le très médiatique retour de LCD Soundsystem, c’est au tour du duo Mount Kimbie de présenter son nouvel album. Différentes générations, différents environnements mais la même stature de pionnier ici dans l’affirmation du mouvement « post-dubstep » qui avait déferlé depuis l’Angleterre il y a bientôt une décennie. Une décennie c’est également l’ancienneté que va bientôt atteindre ce duo formé de Kai Campos et Dom Maker et en dix ans, le temps de sortir un album culte, Crooks and Lovers, auquel la comparaison semble inévitable et fini toujours par amoindrir la réussite de leur dernier projet. Seulement le Mount Kimbie de 2010 n’a plus grand chose à voir avec celui de Love what survives, il a quelque chose de beaucoup plus pop, de moins précurseur certainement mais on dirait qu’ils ont trouvé dans les mots et les collaborateurs comment exprimer la poésie synthétique qui avait chamboulé le public à l’époque. Love What Survives avait été tease avec des singles forts, très forts, peut-être même un peu trop, quitte à desservir le résultat final qui semble finalement manquer de cohérence.

Spoiler Alert

Blue Train Lines fait partie de ces singles qui laissaient entrevoir un album réalisé un peu moins à quatre mains, laissant une place élargie aux paroles, comme si le storytelling passait dorénavantpar un narrateur extérieur plutôt que par les clips ou des productions dans lesquelles chacun voyait l’histoire qu’il voulait. King Krule s’installe donc comme un collaborateur récurrent après un premier You took your time sur Cold Spring Fault Less Youth (2013), il est impossible de nier l’alchimie parfaite que semblent avoir trouvé les trois jeunes hommes. L’évidence de ces collaborations, tout comme la présence si naturelle et régulière de James Blake, montrent la confiance du duo dans ce qui les aide à se définir dans une nouvelle direction. De fait, ces titres (Blue Train Lines, We go home together, How we got by) définissent un équilibre si parfait qu’ils auraient presque tendance à rendre plus pale, plus fade les productions simplement instrumentales. Le duo avec Micachu de Micachu & the shapes était un des premiers à voir le jour pour l’annonce de l’album et reste finalement un des titres les plus marquants de l’album alors qu’on aurait pu s’attendre à une montée en puissance toujours plus bouleversante. On a comme l’impression d’aller voir un film dont au final la majorité des bons moments était dans la bande-annonce. La comparaison est bien évidemment légèrement exagéré mais elle résume le sentiment que l’on garde à la fin de la première écoute.

Une question de génération

Ce serait injuste de conclure que cet album n’est pas un bon album, il a peut-être simplement une ambition un peu trop vaste pour être cohérente. Il n’y a qu’à se référer à l’enchaînement entre SP12Beat qui, s’il reste en cohérence parfaite avec Marylin, jure tout à fait avec You look certain (I’m not so sure) et ses sonorités empruntés aux Strokes ou LCD des années 2000. Tout comme la formation de James Murphy, Mount Kimbie semble également moins dans l’urgence. A l’exception d’un titre comme Delta, le duo semble moins préoccupé par la recherche d’un kick efficace ou d’un côté dansant qui leur avait partiellement permis d’accrocher les oreilles d’un public plus élargi. A côté de ces quelques pas un peu errants, Mount Kimbie n’a jamais côtoyé d’aussi beaux sommets que sur cet album. Les titres We Go Home Together, T.A.M.E.D ou encore Poison et Delta arrivent avec une concision de pop-culture à créer des ambiances totalement émétiques au monde extérieur, avec un romantisme pudique qu’on ne voudrait narré par personne d’autre. How we got by qui cloture l’album réintègre James Blake pour un final déchirant. Mount Kimbie et Blake étaient à l’époque déjà les deux têtes d’affiche de cette affirmation du post-dubstep. On avait alors du mal à qualifier ces sonorités si spécifiques et de fait, aujourd’hui encore on s’apperçoit qu’on aurait du mal à définir s’il s’agit d’un titre de Blake ou de Mount Kimbie tellement ces artistes ont grandi et évolué dans des époques, des lieux, avec des références similaires et qui expliquent la perfection de leur collaboration.

Il n’est pas question de dire que cet album est un coup dans l’eau. C’est au contraire une assimilation d’influences, une démonstration de maitrise qui finit d’introniser le duo comme une pierre angulaire d’un son spécifique. Personne ne sonne comme Mount Kimbie, il y a toujours l’unicité du duo malgré la diversité des collaborateurs et rien que pour cela, c’est remarquable. Mais Love what survives peine à se présenter comme un projet uni et homogène. Cependant s’il faut simplement écouter les titres dans leur individualité plutôt que dans leur contexte, continuer à reconnaitre au bout de deux notes avec une impatience presque toujours satisfaite ce que le duo à a nous proposer, il y a de bonnes raisons de croire que cet album est tout de même un (très) grand projet.

 

Mount Kimbie - Love What Survives
7.4Note finale
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8.9