La rencontre avec Miserable s’est faite avec l’innocence la plus parfaite: jamais entendu de King Woman, de Whirr, de ses deux EPs précédents avant l’entente de Violet: effet foudroyant. Dès lors impossible de faire machine arrière, à peine naissant que l’amour était déjà consommé. De là on a commencé à remonter le fil, comment on en arrive à quelque chose d’aussi brutal et  tragique, à une tristesse aussi étouffante. Cette propension apparaissait déjà avec Whirr mais d’une manière un peu plus classique, la violence était étouffée sous des guitares aux influence et références shoegaze beaucoup plus identifiables.

Non je ne me calmerai pas

Sous le nom de Miserable la vocaliste du groupe s’affirme. Les EPs Dog days et Halloween dream prennent une tournure nettement plus sombre et chaotique, l’EP avec King woman semble l’aboutissement de cette descente aux enfers: un déchaînement de rage avec pour thème la libération des chaines de la chrétienté. Son premier long format en tant qu’artiste solo ne pouvait alors pas être dans la même lignée au risque de faire moins bien et surtout de tourner en rond.
La colère sourde qui se dégageait des projets précédents s’est quelque peu dissipée pour laisser place à une tristesse ouvertement assumée. Il faut dire qu’Uncontrollable parle de deuil, de perdre l’emprise sur ce qui nous entoure et sur ses propres sentiments. Alors forcément les morceaux prennent la redondance de la tristesse et se chargent de pesanteur. Le tempo est lent et moins énergique, les arpèges sont répétitives, les paroles sont débitées dans un seul souffle pour donner la sensation d’hanter les tracks. Comme pour faire écho aux paroles, le chant tente au début s’accrocher et de garder le contrôle, il se laisse aller petit à petit, commence à renoncer pour finalement se taire (l’instrumentale Saudade qui clôt l’album).

Bonjour tristesse

Les anciennes influences prennent la forme d’une guitare aux tonalités shoegaze qui sert de base à presque tous les morceaux. A partir de là elle déroule des mélodies tirées de guitares déglinguées (Best friend), des ambiances gothiques (Endless), des instrus dépouillées nourries de simples notes (Endless) ou des plages instrumentales (Saudade). La tension s’instaure mais n’explose jamais, ce n’est pas pour rien que le thème du suffoquement est redondant (« I can’t breath at all« ), le climat est anxiogène, on est empêtré dans une mélancolie sans issue.
On ne vous cache pas que ce n’est pas l’album de la détente, on a parfois envie d’en sortir pour respirer une bouffé d’air frais et y insuffler du mouvement mais Uncontrollable s’écoute dans un contexte particulier. C’est réécouter Fuck Buttons dans le noir dans son lit d’adolescent, c’est revenir à une pulsion violente de tristesse d’autant plus sourde qu’elle n’est justifiée que par elle-même, et c’est intensément salvateur.

Miserable - Uncontrollable
7.8Note finale
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