Tout comme l’anonymat la spontanéité est le nouvel argument marketing de poids, celui qui pousse Beyonce, Drake et autres à sortir des albums sans en faire l’annonce des mois auparavant. Si Lost Fund à adopté la même stratégie ce n’est pas pour les mêmes raisons et malgré toute l’estime qu’on lui porte, il faut bien constater qu’internet n’a pas tremblé comme pour Lemonade. C’est plus pour des raisons pratiques que We always lived in The Heralds est sorti de manière intempestive: trouver un label, masteriser les morceaux, tourner des clips,.. pourquoi s’embarrasser de tout cela et perdre du temps quand l’album est déjà prêt ?

Harder, better, faster, stronger

On se retrouve alors avec un album de 9 tracks pour une vingtaine de minutes. Les morceaux sont plus lents et mobilisent peu d’instruments, Lost Fund revient au squelette de son projet en le dépouillant des sonorités très band de No one’s coming for us. L’enregistrement est déglingué, presque pas travaillé, d’ailleurs il le dit lui même « I did almost all of it myself, which means the playing is worse, and the recording is pretty terrible. »
L’album a la force de l’urgence: brut, court et bancale. C’est déstabilisant car les morceaux ne semblent tenus par aucune structure, toujours des éléments popent-up pour troubler la linéarité, c’est par exemple le riff de guitare saturé qui s’incruste quelque secondes tout au long de Wwsd, l’utilisation surprise du vocodeur sur Would that be an adventure, les envolées pop sur Crab line,…  La voix peu assuréeJohn Ellis est sur le fil et c’est justement le fait de ne devoir rien à personne, ni à un groupe ni à un label, qui lui permet de bénéficier d’une telle liberté.

La carte et le territoire

L’écriture d’Ellis a toujours fait le pont entre le trivial et le grave. Ses descriptions de routine parlaient de l’ennui commun et quotidien qui ronge insidieusement, tout comme le rendez vous au supermarché donné à sa girlfriend dans Big Asda – ou quand le supermarché est le seul endroit où aller quand on ne veut pas rester seul chez soi :on sait bien le recours à l’humour et à l’ironie est le meilleur moyen de masquer la gravité.

We always lived in The Heralds est inspiré de son déménagement de Bristol pour Leeds, du fait de se retrouver seul dans une ville inconnue et d’essayer de faire quelque chose de sa vie sans trop savoir quoi et comment s’y prendre. “It feels different now, I don’t know exactly why” : c’est cette même sorte de maladresse et perte de repère qui transparaît dans la sonorité des morceaux, ou quand l’intention rejoint la forme.

Lost Fund- We have always lived in The Heralds
6.8Note finale
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