Quand Girlpool est arrivé en 2014 l’effet a été celui d’une grande giclée d’eau fraîche sur votre visage. Leur premier EP sorti en 2014 était bricolé avec une guitare, une basse, des voix un peu nasillardes qui s’entrechoquaient dans une complicité et un amusement outrancier. L’adolescence des deux filles s’éculait dans des paroles très directes dont leur naïveté apparente contenait toute l’énergie, la colère, la mélancolie propre à cet age. On irait pas jusqu’à employer ce terrible mot de maturité pour décrire Powerplant mais force est de constater que le temps à fait son oeuvre.

La formation s’est un peu étoffée, Cleo Tucker et Harmony Tividad se sont dotées d’un batteur, d’autres guitares et d’effets techniques plus consistants: le revers est de perdre en originalité ce qui est gagné en volume. A vrai dire la première écoute laisse une impression assez froide, les morceaux sont courts, défilent très vite (28 minutes pour 12 morceaux) et aucun ne semble réellement se détacher au milieu de ces mélodies assez convenues « indie rock« . Il faut alors changer  de grille de lecture et ne pas écouter cet album dans un élan de fureur adolescente pour l’apprécier à sa juste valeur. Les mélodies sonnent peu inventives mais les voix donnent du relief aux morceaux en apparaissant toujours en décalage. En avance ou à la traîne, trop aiguës, trop mélancoliques ou guillerettes par rapport à la tonalité générale, elles s’en détachent pour flotter au dessus et donner l’impression que deux niveaux s’entrechoquent.

L’âge atomique

L’excitation brute des premiers temps est canalisée aussi bien dans le chant que dans les paroles qui se sont complexifiées et opacifiées. C’en est fini de s’époumoner « Do you feel restless when you realize you’re alive ? », à la place on réfléchit les choses et on essaie de mettre les formes à un sentiment d’inconfort sur le monde « Revising stories dreamt in half/ Today the trumpet sounded new/It filled the thousand them’s in you« . Toute la fragilité contenue de Girlpool éclate sur High rise, le seul morceau où l’on retrouve la formation dépouillée, où celle-ci ouvre une brèche, comme un geste impulsif dans un contrôle généralisé qui permet de comprendre tout le reste.
Powerplant n’est pas encore un album des illusions perdues ou du renoncement, c’est plus un repositionnement face au constat de l’impuissance de changer le monde en criant les indignations qui vous passent par la tête avec votre meilleure pote de lycée. C’est une chronique de fin d’adolescence avec son mélange l’exaltation et la mélancolie qui se déroule sous nos yeux.

Girlpool- Powerplant
7Note finale
Avis des lecteurs 0 Avis
0.0