Il y a toujours eu chez EMA quelque chose de tout à fait discret et charmant malgré la violence contenue de sa musique. Une espèce de féminisme non revendiqué, un empowerment comme aiment à l’appeler nos amis sociologues en tout genres. Il ne s’agit pas de dire que plus on tape fort sur une batterie ou plus on utilise la distortion plus on est une femme forte et rock’n’roll, c’est bien plus subtil que cela.

La pépite

Le titre le plus magistral de cet album, celui qui a lui seul justifie qu’on en parle pendant des heures est celui qui en fait précisément l’ouverture, 7 years. Dans 7 years on touche justement à la corde sensible. 7 years est un mélange d’équilibre précaire, si subtil qu’il est pratiquement impalpable. Un équilibre comme celui que l’on retrouve chez des artistes comme Grouper, une distance de l’au-delà pour un récit tout ce qu’il y a de plus réel et banal. Banal n’a ici rien de péjoratif ni d’ailleurs le fait qu’il s’agisse en fait du titre d’une femme qui fait sa thérapie de couple à posteriori en musique après avoir vécu sept ans avec visiblement pas l’homme de l’année.

La décharge

Il y a des pistes qui ont tout l’air d’être des prétextes à l’extériorisation comme le bien nommé I wanna Destroy qui met en musique cette pulsion de violence contenue dans le titre ou encore Aryan Nation33 Nihilistic and Female précède Receive Love et traduit assez bien la dualité en exergue dans cet album. EMA ne connait pas franchement d’entre deux et passe d’une ballade tout ce qu’il y a de plus conformiste (là encore le terme n’est pas péjoratif mais décrit sa volonté de suivre les codes en vigueur pour la production d’une « ballade »). La seule ligne directrice est la présence exacerbée de sa guitare électrique qui se modélise au fil de ses émotions apparaissant tantôt possédée tantôt amadouée. Avec la batterie, les instruments semblent en effet plus en charge des ambiances que la performance vocale de la jeune femme comme le traduisent assez clairement les titres Fire Water Air LSD ou Always Bleed.

La raison

Peu de titres au final sont clairement contenus, maitrisés ou du moins revendiqués comme tels. Down and Out fait partie de ceux-ci tout comme Blood and Chalk qui contrairement au reste de l’album prend réellement le temps de se développer et de démontrer la pression qui s’instaure peu à peu. Cette espèce d’urgence toujours plus ou moins rapide à se manifester, palpable à constater se retrouve dans l’intégralité des titres de cet album comme dans la discographie d’EMA. Where the Darkness Began raconte la prise de conscience qui mène à s’avouer que finalement les endroits les plus sombres sont en nous mais est étrangement placé en fin d’album quand il apparait clairement que c’est pourtant le leitmotiv de tout ce que l’on vient d’écouter.
Il y a de réels moments de grâce sur cet album et on ne dira jamais assez à quel point ce 7 years en est un mais il y a aussi des temps durant lesquels on se demande à quoi est censée mener la violence des coups portés. Si l’équilibre est atteint il est certainement précaire et là ou l’on parle habituellement de maturité, c’est comme si ce nouvel essai d’EMA la renvoyaient dans les cordes un peu trop tendues des passions déçues et ce qu’elles entrainent de haine, de désespoir et de sentiments amers.

EMA - Exile in the outer ring
6.5Note finale
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