L’élection de Donald Trump, l’hologramme de Jean-Luc Mélanchon, écrire un article sur une compile de garage français dénichée sur bandcamp et sortie uniquement en format cassette : Il y a de ces choses qu’on n’aurait pas cru advenir et pourtant. Si cela fait quelques temps que l’on surveille du coin d’un œil avisé l’émulation de la scène française, la documenter s’avère une entreprise périlleuse tant le seul dénominateur commun semble être le grand défouloir, la brutalité salvatrice qui côtoie l’absurde, une envie d’en découdre mais surtout de se marrer :  il serait en dénaturer l’esprit que de chercher à la théoriser. Born Bad et Teenage Menopause font figure de proue mais ne doivent pas être les arbres qui cachent la forêt de labels, émissions de radio, groupes, collectifs en tout genre qui émergent. S’y atteler c’est s’assurer de passer des heures à mettre à l’épreuve de votre moteur de recherche en tapant des trucs aussi parlants que Maison de retraite, Sida, Ventre de biche, Noir boy Georges, Théorème ou Déficit budgétaire – pour n’en citer que quelques uns. Voilà pourquoi la compile de Distag records offre une parfaite entrée en matière.

Noir c’est noir

Forcément au début on vous prend par la main. Les trois premiers morceaux tendent du côté de l’absurde, de l’humour ostentatoire sur des sonorités qui lorgnent sur la pop, Archet cassé repousse les limites du malaise avec une lettre ouverte à un prof de français bien vicieux, limite pédophile («rappelle-toi c’est toi qui venait te doucher dans les mêmes douches que nous après une séance de badminton au bahut») : on rit tout en cherchant quelqu’un d’un regard angoissé, histoire de se rassurer mutuellement que «c’est forcément faux». La transition est toute trouvée pour exhumer ce morceau de Monsieur Crane sorti sur sa tape Goth Love en 2012. C’est comme ça est surement le morceau le plus accessible de la compile et celui qui se rapproche le plus d’une balade. Sur un air de danse triste il est question d’une histoire d’amour qui joue au chat et à la souris pour au final ne pas mener à grand-chose si ce n’est une amertume diffuse. A partir de là la mécanique est lancée et le sous-titre de la compile Chansons d’espoir prend tout son sens.

Les sonorités ont un flirt poussé avec la synth wave, les rythmiques deviennent mécaniques et acérées, la reverb étouffe des voix qui se rapprochent parfois du cri (M’en va pasSable guitare, La bourse ou la vie.) Les constats peuvent être acerbes, c’est le ras le bol de se justifier de ne pas avoir des journées productives (Ce matin), on est souvent à la limite de la justesse, mais les choses sont toujours dites de manière très directe, sans détour (Coincés dans ton cul). L’humour naît du décalage entre l’absurdité apparente des propos (Sable guitare avec ce type qui devient fou de retrouver du sable partout sans avoir mis les pieds à la plage depuis huit mois) et le ton très impliqué, presque énervé, sur lesquels ils sont déclamés. A l’inverse la beauté vient des paroles à la limite du désespoir auxquelles la nonchalance affichée fait perdre toute gravité (C’est comme çaM’en vas pas). La noirceur apparente devient salvatrice puisque c’est à vous de faire le tri, de choisir si ce que vous entendez est extrêmement pesant ou extrêmement drôle- sachant que les deux ne sont jamais tant éloignés.

Distag Records- DISPI, Chansons d'espoir
7Note finale
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