Du côté de chez Warp, Clark est devenu plus ou moins naturellement sinon un porte-drapeau au moins une référence pour toute une communauté élargie qui l’avait découvert lors de son précédent album, sobrement intitulé Clark. A l’image d’un Barnt ou Superpitcher dans un autre registre, le producteur fait partie de cette caste très racée dont les sons sont presque immédiatement reconnaissables. Si l’on pouvait jusqu’ici lui faire le reproche de ne pas toujours trouver des limites raisonnables à ses expérimentations, laissant de côté un certain nombre d’auditeurs, ce Death Peak balise un territoire aux contours bien définis quoique vastes. Clark signe ici un album pour les corps qui ressentent fréquemment tant l’appel du dancefloor que celui de la mélancolie.

Bande originale d’un futur dansant

Butterfly Prowler a tout du tube. Si dans le passé on avait pu reprocher à Clark de se perdre dans des sinuosités, des complexités un peu hermétiques à l’auditeur, ici la règle du jeu, le format, la structure du morceau sont tout ce qu’il y a de plus clair. Sur 4min27 se déploie un titre dont l’intention revendiquée derrière une mélodie et des samples issus tout droit d’une gare TER Bourgogne est de faire danser. Un effort qui est d’ailleurs prolongé par le titre suivant, Peak Magnetic. Ce qu’on ne pourra surtout pas reprocher à Clark sur ce Death Peak c’est le manque de cohérence. L’album se déploie comme une évidence tout en évitant l’écueil d’une montée en intensité à sens unique. En douceur, avec précaution, tact et bienveillance, Clark nous guide de son intro pseudo-mystique Spring But Dark au très mélodique et funky Butterfly Prowler à un plus mécanique Hoova. L’enchainement entre le magnifique Catastrophe Anthem et Living Fantasy que l’on peine à distinguer tellement il est délicat donne une certaine idée du travail de mixage qui a été réalisé. Machine de guerre techno aux percussions toujours plus lourdes, Hoova se déploie tout en tension, sur une corde ultra-raide dont chacun attend la rupture en grand fracas avant de choisir la dissolution à l’explosion. On appellerait sans doute cela un build up, seulement à la chute Clark préfère l’envol.

L’humain d’abord

Slap Drones change de tempo, opte aux premiers abords pour une plus grande luminosité, un plus grand optimisme avant de se déployer dans quelque chose de très agressif, de très impératif dans sa proposition à l’auditeur. C’est peut-être le morceau qui ressemble le plus à ce qu’on retrouvait sur l’album éponyme de 2014, une signature géniale qu’on avait appris à appréhender sur le tas. A la première écoute c’est sur Catastrophe Anthem que mon esprit avait réalisé l’ampleur de l’album que j’étais alors entrain de découvrir. La distinction, l’élégance et la pesanteur du titre ont une beauté que Clark avait jusqu’alors toujours abordé mais jamais développé sur la longueur. Le travail sur les voix, la philharmonie de l’instrumental et l’architecture du titre en font une pépite à la fois chaotique et onirique, une réussite absolue. Cet album laisse transparaitre une humanité bien plus importante que ses précédents essais. Certes le goût pour une certaine technicité, la brutalité froide des machines, les nappes artificielles se déploient toujours avec délectation mais elles s’hybrident désormais avec des touches humaines assumées comme c’est le cas sur Living Fantasy. Sur UN U.K on peut lui faire le reproche de retomber dans un de ses vieux travers avec un titre dont le développement, bien trop long et jouant sur deux extrémités mélodiques, laisse plutôt sceptique.

Au final on aurait pu se contenter de remettre la vidéo que le producteur avait sorti pour l’annonce de son nouvel album et de la tournée qui allait l’accompagner. Celle-ci résumait parfaitement un album aux influences diverses, intelligemment distillées mais toujours avec parcimonie, avec une minutie qui fait de Clark un producteur à l’identité sonore si reconnaissable, si intéressante et surtout si évolutive. Avec Death Peak, Clark sort probablement son album le plus accessible, celui qui non seulement résume l’immensité de son spectre d’influences, de ses travaux passés mais annonce aussi pour le futur de nouvelles directions qu’on se réjouit d’explorer à ses côtés.

Clark - Death Peak
7.7Note finale
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