Young Thug est devenu maître dans l’art d’être omniprésent sans être envahissant, comme un Gucci Mane qui sort une dizaine de mixtapes en une année mais nous fait pousser des cris de joie et de surprise à chaque fois. L’air de rien, il a sorti trois mixtapes l’année dernière, a été présent sur les albums les plus attendus (Travis Scott, Future) et nous a donné parmi les meilleures tracks de l’année (Best Friend, Halftime) : de quoi nous faire oublier que la sortie de son album est sans cesse repoussée.

Avec I’m Up, l’histoire se répète sans effet d’annonce, avec la même nonchalance avec laquelle il porte des jupes et met du vernis. Young Thug sort une mixtape sans sembler se rendre compte qu’il va mettre le rap jeu à terre et nous donner de quoi disserter sur ses lyrics et son flow pendant des heures : « Mind fuck’ em when I speak ».

Go Fast

I’m Up est plus courte que les mixtapes précédentes pour se rapprocher d’un format album. Ça traîne moins en longueur, c’est plus dense et plus énergique. F Cancer n’offre aucune seconde de répit, le flow est effréné, Quavo en featuring, Mike Will Made It à la production, c’est une ouverture en force, typique des premières tracks des albums de hip hop, faites pour ouvrir les hostilités et marquer les esprits. La tape commence très fort pour ralentir les trois morceaux suivants, il faut un peu de temps pour se remettre en scelle et redémarrer suite aux plus faibles My Boys et For My People qui pêchent par la qualité de leurs productions. Ça fait partie du jeu, c’est le revers du côté imprévisible de Young Thug que de rapper sur des productions chaloupées sur lesquelles on ne l’attendrait pas, d’abandonner un morceau à ses guests pour ne se réserver que les refrains et le dernier couplet (My Boys).

A partir de Ridin, tout n’est plus que puissance. Les productions sont certes beaucoup plus classiques avec des basses fortes, des sons de gunshots ou des notes de piano sur un beat minimaliste, mais c’est là-dessus que le flow de Young Thug prend toute sa dimension, qu’on comprend son talent à insuffler du rythme et de la mélodie à toute chose par son phrasé et ses intonations. Il n’y a qu’à voir le refrain de Hercules que vous pouvez écouter en boucle sans vous en lasser. Il a fait appel à sa garde rapprochée pour les collaborations (Lil Durk, Ralo, Quavo, Metro Boomin, Mike Will Made It, Wheezy) et bien sûr ses sœurs Dora et Dolly qui remettent tout le monde à leur place sur Family quand une voix suave à la SZA rencontre le flow de Dej Loaf.

Poker Face

Young Thug fait étalage de sa richesse, parle de diamants, de voitures et de liasses de billets si grosses qu’elles ressemblent à des livres. Ce déballage est toujours mis en perspective pour rappeler d’où il vient que ce soit lorsqu’il prête allégeance à ses amis (My Boys, For My People, les shoutouts permanents à son crew YSL), qu’il rappelle son amour pour sa famille (F Cancer, Family), ses origines sudistes ou ses précédents en tant que dealer de drogue et membre de gang (à peu près tous les morceaux). Il s’agit de quelque chose de typique dans le hip-hop, mais ce qui diffère Young Thug des autres est qu’il le fait avec la même nonchalance qui le caractérise en toute chose. Le hustling est une chose parfaitement naturelle qui ne mérite du coup ni épilogue ni vantardise : « I woke up, I prayed and I’m hustlin’ ». Aussi simple que ça.

La politique intervient de la même manière, par à-coups et fulgurances : une line sur les violences policières, des références au leader de la Nation of Islam Louis Farrakhan, quelques phrases sur un pote incarcéré et derrière c’est tout le système carcéral et judiciaire américain qui est dénoncé : « Lil Roscoe he sleep where it’s nasty/ They could’ve freed him cause he grew up with no daddy/ But instead they took advantage and did him badly ».
Si Young Thug est déroutant, c’est par sa capacité à détruire en quelques secondes ce qu’il a mis une chanson voire un album à construire. Le récit de ses déboires sexuels, alcooliques et toxicomanes, la liste de ses dépenses sont remis à leur place et rappelés à leur trivialité avec une phrase : « Nothing more important than family ». Ce qui ne l’empêche pas ensuite de reprendre là où il s’était arrêté.

On comprend alors que tout cela n’est qu’un jeu, ses jeux de mots bien sentis (« Keep that MC Hammer you can’t touch this ») ne sont là que pour alimenter une image loufoque d’amuseur public qu’il manipule à sa guise et qu’il peut abandonner aussi facilement qu’il l’entretient.

 

Young Thug - I'm Up
7.5Note finale
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