En sortant il y a quelques semaines le premier single That’s My Shit avec T.I, Teirus Nash laissait présager un retour en force deux ans après le très bon album IV Play. L’album posait alors déjà la question de la résistance aux sirènes du mainstream avec des essais plutôt gênants (Turnt avec Beyonce et 2 Chainz par exemple) pour squatter le haut des charts. Crown semble dégager des pistes de réflexion supplémentaires sur le sujet mais refuse toujours de prendre clairement position. Le problème c’est que les morceaux les moins bons de l’EP sont seulement de lui cette fois. Ce qui veut dire que si la mayonnaise ne prend pas c’est la faute d’un seul homme et que les pistes ratées ne ne le sont pas à cause de featuring trop gros ou d’ambitions démesurées puisque le format court même de cette sortie ne l’autorise pas vraiment. Mais il y a aussi une autre moitié de Crown qui fait taire tous les sceptiques, des titres brillants et téméraires comme The-Dream sait les faire. Décryptage d’un succès en demi-teinte.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures

Il y a des moments vraiment réjouissants sur cet EP, That’s My Shit en est un. Le titre semble trouver le moyen d’allier les deux mondes sans avoir à faire de compromis artistiques, tournant un beat simpliste et l’inévitable présence de T.I en un tube instantanément. L’intelligence avec laquelle est gérée l’instrumentale se retrouve également dans le texte. Les paroles sont à la hauteur du talent de songwriting que l’on connait) à Terius Nash, drôles et loin d’être vulgaires tout en étant parfaitement explicites (particulièrement le couplet de T.I dont même les non bilingues comprendront l’objet). Si That’s My Shit rend pratiquement inévitable sa reconversion en succès populaire massif, All I Need brille d’une autre façon. Le titre est celui qui semble le plus libre, le plus courageux. Terius Nash fait ce qu’il sait faire de mieux, il vise le grandiloquent et s’embarque dans un chant beaucoup plus naturel que sur les autres pistes. Aucune peur du ridicule, le too much comme marque de fabrique aussi bien dans les textes que dans les embarquées philharmoniques, c’est un rappel amical que si l’on veut faire du bon r&b, il faut se doter d’une bonne dose de confiance en soi et que la peur du ridicule est sans doute la limite la plus nocive qu’un chanteur voulant s’attaquer aux émotions si charnelles puisse avoir. Throw it back va lorgner du côté de Dj Mustard avec un succès incontestable. Entre les « yup » du background et les claquements de doigts, on retrouve la recette simple, intemporelle mais toujours efficace (allez demander à YG si vous avez des doutes). La sensualité qui émane de chaque mot, chaque son du morceau prouvent bien que The-Dream connait les règles du jeu par cœur, pourquoi choisit-il donc de les ignorer et s’en détourner allègrement ?

La gêne

L’année prochaine cela fera pratiquement 10 ans que The-Dream a sorti son premier album, Love Hate. Un album acclamé par la critique et qui bénéficie toujours d’un aura et d’une influence particulière sur ses collègues du r&b. Pourtant force est de constater qu’aujourd’hui il arrive bien derrière les Chris Brown (les temps sont durs), Trey Songz ou encore Drake quand il s’agit de parler aux masses de sentiments et de sexe à cœur ouvert . Entre temps il y a aussi eu la mixtape de Jeremih, Late Nights qui a rappelé au monde entier qu’on était encore en droit d’en attendre énormément du r&b. Des attentes qui du coup semblent beaucoup trop hautes pour des titres comme Prime, aux paroles franchement pathétiques. Quand on parle d’héritage il est également effarant de constater que contrairement à un R.Kelly, il n’a pas (encore) réussi à s’imposer comme une quelconque référence populaire majoritaire. On pourrait penser que c’est dû à sa personnalité. Terius est un homme bien puissant depuis les coulisses, c’est un génie de la production plus qu’un showman. Jusqu’à récemment c’était aussi un personnage discret (donc appréciable), loin des buzz incessants et sans signature visuelle ou motto reconnaissable instantanément. Dans un récent épisode de The Mindy Project, un personnage déclare « It was 2004 and America was still able to enjoy R.Kelly without guilt » soulignant un aspect intéressant concernant un autre dénominateur commun entre les deux hommes : la personnalité controversée. L’année passée The-Dream s’est retrouvé sous les feux de la rampe pour une sombre histoire de violence conjugale (dans laquelle il nie tout en bloc), cet événement signait le point d’orgue d’une petite déroute au cours de laquelle on l’a vu poser sur des titres et des featurings plutôt médiocres et renoncer tranquillement à ce qui faisait de lui un personnage si spécial. Le problème en fait c’est que The-Dream s’est trompé de rôle. Et ce qu’il devrait peut-être réaliser, c’est qu’on l’aime pour sa musique et qu’aussi dur que ce soit de l’admettre, on ne veut pas forcément apprendre à le connaitre.

 

Cedes Benz souligne l’autre dualité qui anime l’artiste entre le rap  dont il maîtrise là aussi les codes par cœur pour en être un de ses plus talentueux artisan et les titres plus chantés dans lesquels il est le meilleur et qui le sortent du lot. Le titre tente une fois de plus de lier la multitude d’influences, de connaissances et de technique mais enterre les quelques originalités sous une pile de banalités (allant du flow aux paroles). The-Dream a trouvé une formule subtile qui s’aide de toutes les extensions technologiques possibles tout en parlant des sujets les plus basiques. Mais cet EP Crown qui se veut comme une introduction à un deuxième projet, plus long, Jewel, à sortir en juillet est à l’image de sa carrière. Oscillant entre le subtil et le franchement bâclé. Il résume l’éternelle ambivalence de The-Dream entre le mainstream bête et méchant sponsorisé par Vevo et voué au temporaire et l’établissement d’une oeuvre plus homogène qui lui permettrait surement d’obtenir l’adoubement populaire qu’il mérite amplement.

 

The-Dream - Crown EP
5.5Note finale
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4.7