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Ces derniers mois on nous a rabattu les oreilles sur l’importance de la prise de position d’une personnalité aussi emblématique et populaire que Beyonce et sur l’importance du nouveau messie du rap qu’est Kendrick Lamar (je vous laisse imaginer quand les deux se rassemblent pour une performance…) mais on nous a peu parlé de la performance de Rihanna aux VMA, de Freetown Sounnd de Blood Orange et selon toutes vraisemblances, vous entendrez aussi beaucoup moins facilement parler de cet album de Solange. Pourtant on ne peut pas dire que la jeune femme sorte de nulle part. Petite sœur de Queen B, acolyte de Devonte Hynes et kick boxeuse amateur contre la personne de Jay Z quand elle ne signe pas une collection pour Asics, on peut dire qu’on a vu mieux niveau « école de la vie » qui mène au succès. Avec A Seat At The Table, Solange signe non seulement son émancipation de cette image de cadette parfaite d’une famille qui suit le droit chemin de la gloire et trouve surtout quelque chose qui manquait à toutes les sorties précédemment citées : l’absence d’incrimination.

La cène

Autour de la table de Solange on retrouve la crème de la crème : Devonte Hynes, Lil Wayne, Q-Tip, Kelly Rowland ou encore Sampha. A la légende Master P qui sert de narrateur à l’album. Tant de figures alternatives de ce qu’elle appelle le « blackness » : l’efféminé, le dépressif, la badass, le gros bras mais surtout, que des personnalités ayant accédé non seulement au succès mais surtout à un consensus populaire. Et en regardant le casting on comprend finalement le message de cet album : cultiver sa différence car c’est celle-ci qui ouvrira les portes de la satisfaction personnelle. Pourtant les obstacles, intérieurs comme contextuels sont aussi nombreux et imposants qu’ils sont violents et profondément ancrés dans nos modes de vie, de pensée. C’est notamment ce qui est exprimé dans un des morceaux les plus marquants de l’album, Mad, avec Lil Wayne dans lequel il est question de la légitimité de la colère latente que les membres de la communauté afro-américaine sont amenés à ressentir mais également de leur capacité à s’en défaire pour se laisser une chance de vivre avec une pression moindre sur les épaules. « You got the right to be mad/ But when you carry it alone you find it only getting in the way » ou encore « I’m tired of explaining […] So I let it go ». Mais le morceau adresse aussi l’incompréhension et l’indécence de ceux qui trouvent que dénoncer ces discriminations revient à incriminer à tout-va (« I ran into this girl she said why you always blaming, why always mad »). En un morceau on a la particularité de cet album, qui est aussi exprimée lors de l’interlude Tina Taught Me (ou encore The Glory is in ou Cranes in the Sky), la fierté d’être noire n’est pas la même chose de la dépréciation de la culture blanche et trouver comment moduler cette colère latente constitue une épreuve immanente de l’évolution personnelle d’un afro-américain étant données les circonstances actuelles. On peut essayer de s’en débarrasser en buvant, en dansant, en pleurant (Cranes in the sky) ou tenter de le fuir pour s’élever à nouveau (Rise). F.U.B.U (For Us By Us) adresse les mêmes thématiques sans détours, en appelant par des phrases bien concrètes le racisme latent qui s’immisce au quotidien. « And they ask you « what’s your name? »/ Cause they think « Yeah you’re all the same » ». Loin d’être une liste exhaustive des signes quotidiens qui ont tendance à promouvoir un imaginaire diabolisant des populations afro-américaines, Solange se sert de ces exemples comme une motivation à réussir par soi-même pour soi-même, à se reposer aussi sur la notion de communauté et à trouver ailleurs que dans des institutions, des émanations ou des représentants du système. F.U.B.U est une hymne à la fierté et une incitation à se servir de cette oppression latente pour s’élever au dessus du reste du game.

A Seat At The Table n’est pas un autre album émancipateur, ce n’est pas non plus un plaidoyer pour la cause noire. C’est un plébiscite sans filtre pour la culture, l’identité noire, pour les individualités noires, aussi diverses, aussi énervées, aussi fragiles et aussi hésitantes et meurtries qu’elles puissent l’être en ce moment. La légèreté de cette musique alliée à la gravité des thématiques en fait sans doute l’un des plus beaux appels à la tolérance, à l’éveil des consciences et surtout à la résistance pacifique mais acharnée, latente mais active pour une égalité sans faille. Solange à non seulement réussi sur la forme comme sur le fond à se réserver non pas « a seat at the table » mais bien un trône.

 

 

Solange - A Seat At The Table
8.8Note finale
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