Le premier projet de Soft Fangs sorti en 2014 semblait venu directement de la chambre de l’artiste à la plateforme Bandcamp de Disposable America. Les cinq balades qui composaient l’EP parlaient de solitude et d’une mélancolie qui ne vous quitte pas sur des sonorités au manque de soin assumé. Depuis, il y a eu le projet deux titres Golden et l’annonce de ce premier album, aboutissement d’une année d’enregistrements alors que l’artiste traversait une sale période.

Bonjour tristesse

L’album suit la même structure que Soft Fangs EP : les morceaux sont courts, se limitent souvent à un couplet, il y a cette même rythmique lourde qui en renforce la langueur. L’ouverture de l’album avec Dragon Soap laisse craindre un Soft Fangs sur les onze morceaux, et aussi bon soit cet EP, on ne garantit pas qu’on aurait tenu un album comme ça sans une certaine lassitude. Mais The Air nous fait démentir aussitôt après. Il se trouve que John Lutkevich a évolué depuis 2014, les morceaux sont plus travaillés, plus denses et les sonorités plus variées. Il y a la voix qui pousse un peu plus, va dans les aigus pour se confondre avec les notes de guitare distendues.

Le tout prend des airs de hasard planifié, tout est savamment réfléchi en se donnant l’air de la nonchalance. Soft Fangs trimballe son spleen tantôt sur des balades à pleurer (Golden), tantôt sur des sonorités déglinguées qui semblent être tirées de jouets pour enfants (Birthday), tantôt sur des interludes instrumentales où la voix est comme un fil tendu entre des sons de manège pour enfants (Too Many Stars Not Enough Sky).

Les chansons parlent de « death, life, nature and all the little things people forget« ,  il n’est pas question de storytelling et d’histoires à proprement parlé mais d’idées parsemées, comme des sentiments qui vont et viennent sans qu’on sache trop comment ou pourquoi.

Entre les murs

Le qualificatif de musique « home recording » et DIY ne veut rien dire. Il recouvre tout et n’importe quoi, des morceaux à la candeur la plus touchante aux pires daubes qui sont justifiées par leur caractère autodidacte. John Lutkevich a pris au mot le concept de « home recording » en enregistrant The Light dans sa chambre d’enfance. Cela pourrait paraître un simple caprice stylistique, mais ce détail fait sens tant cet album ramène tout droit aux états d’âme de notre jeunesse. Les paroles de Soft Fangs sont comme des déprimes d’adolescent, un peu pour de faux on joue à se faire peur car la mélancolie est romantique et nous va si bien.

« Sitting in my room, like I always do/ Staring at the light, until my eyes are open wide»

C’est rester allongé en regardant le plafond et se sentir incapable de bouger. The Light se démarque en faisant explicitement référence à la fameuse lumière, la dernière. Le titre parle moins de la mort elle-même que des peurs qui deviennent des obsessions, de celles qu’on ramène sur le tapis dans une conversation sans rapport en mettant tout le monde mal à l’aise.

« It follows me around, like a dog that won’t calm down. Well I nearly lost my head, way back when, and I remember something you said. »

Dit comme ça, cet album peut sembler d’une tristesse accablante, pourtant on ne ressort pas de l’écoute exténué et avec un blues à couper au couteau. Les morceaux sont simples et délicats, d’une douceur compréhensive pour vous dire que c’est ok d’être mélancolique parfois.

Soft Fangs - The Light
7Note finale
Avis des lecteurs 4 Avis
8.2