On a entendu parler de She-Devils la première fois en novembre 2015 à l’occasion du single Come, on apprenait alors les infos classiques : les montréalais Audrey Ann et Kyle Jukka forment She-Devils il y a deux ans, elle avec ses influences pop et country 50’s, lui avec ses influences électronique et hip hop. Mais l’enthousiasme suscité par le premier titre d’un obscur groupe canadien laissait entrevoir qu’il y avait un truc en plus avec ce groupe. Leur proximité avec Majical Cloudz (le chanteur Devon Welsh et Kyle Jukka collaboraient au sein du très bon Pop Winds) y est sûrement pour quelque chose et les deux groupes ont rapidement été associés, mais là où Majical a pris le parti de la nudité et de l’épuration, She-Devils en est le versant opposé.

L’esthétique du clip et les sonorités de Come sont suffisamment intrigantes pour retenir l’attention et laisser deviner une tonne de références sans pour autant pouvoir déterminer lesquelles. La vidéo a un coté absurde et faussement ingénue : tons roses, plastique sur les murs, Audrey répétant le mot « come » face caméra venant renforcer la dimension hypnotique de la musique. Les trois tracks originales qui composent l’EP (la dernière étant un remix méconnaissable de Come) jouent sur cette même ambiguïté entre le léger et l’étrange.

Fire walk with me

La construction des morceaux repose sur ce mélange : la base surf pop de la production est parsemée de samples et de sonorités électroniques qui viennent en brouiller le déroulement tranquille. Les morceaux sont très riches par cette superposition de sonorités qui restent en arrière-plan mais en font toute l’esthétique (crépitement de disque sur Where there’s no one, sons tirés tout droit de films de science-fiction, notes de piano intempestives).

La voix d’Audrey se veut douce et légère, mais elle envoûte soit par les paroles soit par le ton doucereux et un peu bancal. Il y a toujours quelque chose d’un peu hypnotique. Quand ce n’est pas grâce au chant, c’est la production répétitive qui prend la relève. C’est sûrement de là que vient le coté étrange qui a fait qu’on les a tout de suite rapproché de l’esthétique de David Lynch : un espèce de mélange des genres entre vintage – surf pop – sons de science fiction qui donne un résultat très visuel. Il s’agit de créer une ambiance floue et de brouiller les repères, « creating impressions that burrow into the heart and imagination » plutôt que d’évoluer entre des bornes bien définies.

She-Devils - She-Devils EP
8Note finale
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