Robb Banks réunit tous les éléments nécessaires à une bonne histoire. Fils de Shaggy, il choisit une toute autre voie que son père pour se retrouver à seulement 20 ans avec une liste de collaborateurs qui compte parmi les artistes underground les plus intéressants de ces dernières années : Clams Casino, Spaceghostpurpp, Denzel Curry, Sir Michael Rocks, Lofty 305. De quoi acquérir une petite renommée dans le milieu et susciter l’impatience quant à son premier album, annoncé dès 2011. Entre temps il a monté le Smart Stunnas Crew avec Pouya, IndigoChildChick et Kie Money, sorti moults mixtapes, enregistré deux versions de l’album qui finissent à la poubelle jusqu’au single Pressure annonçant enfin la sortie de Year of the savage début octobre.

Harder, faster

Dans la droite lignée des rappeurs avec qui il débute, il a développé une identité un peu floue avec des paroles entre références à la drogue, bling bling et spiritualité déclamées à contre-temps sur des sonorités fantomatiques. Ce qui marque alors c’est le virage qu’il semble avoir opéré entre ses mixtapes précédentes -jusqu’à son EP 2phoneshawty sorti en avril- et ce premier album. Il semble qu’il ait trouvé une nouvelle formule et l’ait développé sur toute la durée de l’album: des phrases courtes, simples, qui donnent du rythme et s’imposent comme des ritournelles, un flow incisif et percutant mais jamais agressif (Half bea, Buku, Leatherface, Pressure….). Les productions sont calées sur le même schéma, morceaux assez courts, pas d’envolées mélodiques qui viennent occuper l’espace, rythme saccadé, sonorités beaucoup plus drill. Il faut dire que les producteurs ont changé, à l’univers étrange de Spaceghostpurpp se sont substituées les sonorités plus actuelles et accessibles de Nuez (qui a beaucoup produit pour Awful), Zaytoven, IndigoChildRick, Nick Leon et Uncle Flex (aux influences plus électroniques), ajoutant chacun leur pierre à l’édifice.
L’album est alors très homogène, productions et chant s’épousent dans une course effrénée, tout va très vite sans pour autant donner l’impression d’être dans une machine à laver ou que ce soit redondant.
Les seuls moments de répit arrivent sur la fin de l’album. Pink pu**y qui se rapproche de son ancienne facette avec sa production codéeinée et ce flow hybride et 3D où le rythme ralenti et l’énergie de Banks semblent enfin canalisés. Les invités ne sont pas nombreux (Pouya, Lucki Eck$ et IndigoChildRick) mais ont l’avantage de réunir des artistes d’une scène underground à la pointe, avec des personnalités et des styles affirmés mais qui ne détonnent pas pour autant avec celui de Robb Banks (après tout Pouya et IndigoChildRick font partie de son crew).

Iceberg inversé

Le changement dans la forme s’est accompagné d’un changement dans le fond qui vient teinter notre enthousiasme d’amertume. Ses textes ont toujours eu un penchant pour la drogue parsemé de références spirituelles et artistiques (Basquiat, Aesop Rock), son soundcloud pullule de freestyles : preuve d’une imagination plutôt fertile dont il semble conscient « I truly feel like there’s nobody that is a better lyricist than me  […] Every song I make is always going to have some punchlines in there. »
Pourtant les paroles sont d’un vide surprenant, la majorité des morceaux reposent sur le fait de niquer des meufs, niquer les autres rappeurs, énumérer des noms de drogue et compter son argent. Ce sont des thèmes récurrents dans le rap et ça n’a jamais empêché de faire de bons textes, le problème c’est ici la manière dont c’est dit, avec un jmen foutisme affiché qui donne l’impression que tout a été écrit à la va vite par un branleur qui s’amuse à accumuler des grossièretés un peu par provocation et surtout juste pour rire. « Fuck, fuck, fuck that nigga/ Fuck ’em, fuck ’em, fuck that nigga/ Bitch, smart, stunnin’, nigga/ Bitch, smart, stunnin’, nigga/ Pussy ass, pussy ass, pussy ass nigga» (FuckUmean). Certes il y a des punchlines mais elles ne sont pas toujours réussies  (« Spanish bitch with me she don’t speak no english/ she just say her name like a pokemon, man it’s like this »). On tombe alors dans la punchline pour la punchline, calée sans contexte entre une chatte, un nom de pilule ou une autre punchline. (« And Sam from Totally Spies became my booking agent/ Satan do my PR/ My manager’s God/ I’m hitting J’s in the elevator like Solange » 2phoneshawty.)

Pourtant Robb Banks a raison quand il dit que c’est son meilleur projet jusque là, l’album le révèle en tant que MC et qu’artiste capable de se renouveler. Bien qu’il dise se foutre de la manière dont l’album sera reçu il y a chez lui un désir de reconnaissance indéniable, de sortir enfin de la niche dans laquelle il est retranché depuis ses débuts : « And I swear that the underground do not deserve me/ Go mainstream leave my fans disappointed » (Buku), il ne s’en cache pas dans les médias et a signé sur 300 entertainment (Migos, Young Thug, Fettty Wap) le temps de la sortie juste pour offrir une plus grande audience à son album. Qui peut le blâmer après tout, c’est la vocation de tout artiste que de partager son travail, spécialement quand on en est fier. On ne saura pas s’il a simplifié son rap pour cette raison ou si c’est un choix artistique, peu importe, l’album est d’une très grande qualité mélodique. Il faut juste ne pas le prendre au premier degré mais l’écouter comme on a écouté Odd Future : du rap de branleur certes, mais à l’énergie imparable.

Robb Banks - Year of the savage
7.8Note finale
Avis des lecteurs 1 Avis
7.6