On peut reprocher beaucoup de choses à Aaron Maine, leader du groupe new-yorkais Porches, mais pas sa capacité à toujours retomber sur ses pattes. En se penchant sur la discographie plutôt variée du jeune groupe, on remarque sans grande surprise que plus les années passent, plus les compos passent dans le joyeux folklore de la synth-tone en tout genre. Si le groupe avait débuté sa carrière avec une production lo-fi classique en 2011, à mi-chemin entre les premiers jets de Matthew Lee Cothran et la poésie minimale d’Eskimeaux, on assiste avec la sortie de Pool à un basculement vers des productions propres, aseptisées pour certaines, destinées à un public beaucoup plus large que les quelques fans de l’étrange Scrap Love Songs Revisited.

L’autre « indie pop »

Avant de creuser ces considérations pour les moins théoriques, penchons-nous un peu du côté purement musical. Comme d’habitude, les membres du groupe restent sur une ligne mélodique toujours très efficace, des rythmiques simples et entraînantes. Empruntant quelques codes à la vaporwave haut de gamme, à savoir une préférence pour les temps binaires et le bon vieux Moog qui tâche, Porches se glisse aussi dans le cercle élargi de la pop « électronique », qui elle-même s’imprègne rythmiquement de différentes caractéristiques propres à la house, à la techno, voire à la dub-step revisitée. On vous parle chinois ? Tant mieux ! On a beau chercher des exemples qui parleraient d’eux-mêmes, on préfère vous le dire cash : la « pop électronique », qui regroupe tout et rien, c’est tout simplement ce qu’il se passait en 2010 avec ça. Oui : on vous parle de Thieves Like Us, des débuts de Neon Indian… Bref, d’une époque pas si révolue que ça puisqu’on retrouve en 2016 les mêmes schématiques. Pour Porches, adepte des balades déprimantes à souhait et des voix qui grincent, le changement est de taille : on peut même presque danser sur le single Be Apart !

Si la voix très particulière de Maine ne laisse pas planer l’ombre d’un doute sur l’auteur des morceaux, la partie instrumentale est bien plus problématique. Inspiré pour l’essentiel des dérivantes indie rock de 2015 (le dernier Ringo Deathstarr, un petit coup de You’ll Never Get Into Heaven et des ressemblances avec la dernière sortie de Casey Mecija), Pool se construit comme un panel d’expérimentations en tous genres, au premier degré. On passe d’une appréciation musicale à une autre sans réelle narration tout au long de l’album. S’il est toujours intéressant de pouvoir noter les différentes inspirations au sein de chaque morceau, on aurait aimé reconnaitre la touche de Porches, ce petit rien qui tient chacun de ses albums, et ce depuis 2011. Ciel, que se passe-t-il ? Ni plus ni moins qu’une vraie distanciation d’Aaron Maine face à ses propres morceaux, et une envie de regarder tout ça d’un peu plus loin.

Retrouve-moi au fond d’la piscine

Pool est donc un album d’attente, dans tous les sens du terme. Si les rythmes binaires amènent d’eux-mêmes un climat lent, les paroles se chargent de creuser encore un peu le void existentiel qui semble s’être emparé d’Aaron Maine. Contraste sans mesure, joie triste au premier degré, on retrouve les maîtres-mots qui ont fait le succès soudain de Lust For Youth ou First Hate. Avec Porches, on était habitué à une fragilité musicale contrebalancée par des paroles ultra émotives, incisives et on se retrouve sans préavis devant une instrumentale proprette, calée à la seconde et des paroles un poil plus impersonnelles ou du moins traitées sur un mode indirect. Si Aaron Maine parle encore à la 1ère personne toujours d’amour et d’attente interminable, on est très loin de la poésie brutale des premiers albums et de ces lignes simples comme des coups de poing. Certains crieront à la perte de l’essentiel, d’autres au contraire salueront une prise de maturité évidente, tous auront raison. Pool est la preuve que l’on n’avance pas dans la musique sans faire des concessions et qu’il faut parfois savoir toucher un autre public en déviant quelque peu ses lignes de conduite.

En d’autres termes, la signature d’un groupe phare de l’indé depuis 2011 chez le géant Domino Records n’a pas que ses avantages. Peut-on penser que Porches avait plus de liberté d’action lorsqu’il signait chez EIS ? Même si la question n’est pas là, elle nous taraude, comme d’habitude. Peut-être parce que les frêles balades d’Aaron Maine et de Greta Kline nous manquent. Peut-être parce qu’il y a dans Pool une vraie force technique, mais au détriment d’une sincérité de fond qui nous a toujours exaltée, toujours tendre, toujours nouvelle. Parce que si cet album nous déstabilise, c’est aussi parce que pour la première fois, cela pourrait être celui d’un autre groupe. Bienvenue dans un album de transition pure.
Porches est mort, vive Porches !

 

Porches - Pool
6.8Note finale
Avis des lecteurs 3 Avis
8.6