Quand on parle de vacances, il y a deux écoles qui s’affrontent. Celle qui voit une virée dans une destination entourée de compatriotes aux portes de son pays dans un camping pour une ambiance spring break et celle qui comprend un road-trip intimiste dans un des rares endroits que Ryanair n’a pas encore contribué à rendre irrespirable, deux écoles et donc deux bandes-son. Si la première peut s’accompagner de tubes pop/rap/EDM etc la seconde est forcément plus exigeante sur comment habiller ce voyage. Parce que les routes sont plus longues, plus froides et l’habitacle plus réduit, que les possibilités de s’échapper sont infimes et que le monde extérieur est plus hostile il faut penser long terme et apaisement. Pour ça on a la folk. On a des Angel Olsen, des Sufjan Stevens qui apportent mysticisme et majesté aux voyages. Meg Baird habille plus facilement les hommes que les paysages, elle créer une intensité, une intimité charmante mais qui parfois peine à se distinguer d’un pathos facile.

Le voyage en solitaire

Counterfields le premier titre de l’album est sans hésité le plus accrocheur de tous, celui qui fait que ce ne sera pas un clic de plus dans la recherche permanente de nouveauté. Il agit comme un calmant immédiat, suspend le temps et permet donc de se poser pour s’attarder sur la suite. Bien évidemment dans les faits c’est un peu facile, c’est juste une voix et une guitare qui font cet effet dévastateur. La profondeur amenée par les instrumentalisations et la voix de Meg Baird, pleine d’expérience et de sagesse qui prend vite un statut de repère. Sur Even the walls don’t want you to, Good Directions ou Leaving Song on atteint également des moments de grâce qui réussissent à convaincre à nouveau de la bienfaisance et du professionnalisme de cette femme qui utilise sa voix comme sa plus belle arme.

Le souci des chemins battus

Le piège le plus compliqué à éviter avec ce genre d’album c’est la monotonie, que la douceur comme la chaleur endorme et qu’on finisse par ne plus distinguer ce que tel(le) ou tel(le) artiste avait de particulier ou que lui-même se repose sur ses lauriers et oublie l’auditeur. Sur Don’t Weigh Down The Light il serait hypocrite de dire que le danger est tout à fait évité. Past Houses apparaît comme l’exemple le plus probant. L’utilisation du piano et une partie chant bien trop poussée en font un titre un peu cliché, qui tente de provoquer un pathos facile et donc peu sincère. On pourrait aussi parler de Mosquito Hawks ou Don’t weigh down the light qui ratent en partie leur cible en s’enlisant légèrement dans des chemins un peu trop balisés. A contrario quelques minutes plus loin Stars Unwinding perpétue cette intimité que Meg Baird a pourtant bien réussi à installer dès les premiers titres de l’album.

C’est plutôt compliqué quand on est novice dans un style de musique de percevoir toutes les variations et les subtilités des artistes qui le composent. On a tendance à tout confondre, trouver que tout se ressemble, jusqu’à ce que l’on écoute l’artiste dans l’environnement adéquat. La folk est pour cela très exigeante, elle demande un dévouement total afin d’être appréciée comme il se doit. Don’t Weigh Down The Light n’est sans doute pas une oeuvre parfaite, elle contient de nombreux travers, de nombreuses failles mais elle réussit certainement dans ses plus beaux moments à atteindre des sommets d’intensité dont seule une grande voix est capable.

Meg Baird - Don't Weigh Down The Light
6.2Note finale
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