Tiens, dis, ça faisait longtemps qu’on avait pas eu de nouvelles des dinos de Bristol. Parce que Massive, ça a beau avoir tourné en eau de boudin grosso modo depuis le climax Mezzanineon ne peut décemment pas leur enlever l’avènement d’un genre dont ils refuseront toujours de porter le drapeau : le trip hop. Préférant parler de rap mélodique, de dance hall sacrifié ou d’une bonne vieille fusion entre la black music et le post punk, Massive Attack revient avec un EP en demi-teinte, relevant un peu des horreurs sorties entre 2000 et 2010 (à l’exception, bien sûr, de 100th Window).
Du coup, ça donne quoi, Massive en 2016 ?

Toujours les bonnes collabs

Depuis presque 25 ans, Massive Attack a toujours mis un point d’honneur à inviter sur leurs morceaux des pointures en tout genre. On a retrouvé la grande Liz Fraser sur Mezzanine, la voix sublime de Martina Topley Bird sur Babel tiré d’Heligoland, Sinead O’Connor et Damon Albarn tout au long de 100th Window et même Madonna qui hulule sur I Want You – ce qui ne sauve ni le morceau, ni l’album Collected, qui reste une sacrée bouse. Mais passons : on ne pourra jamais retirer à Massive Attack le fait d’avoir toujours réussi à porter la collaboration à son apogée. Fidèles à leur amour de la fusion, cet EP ne fait pas exception et invite des artistes choisis très précisément pour porter chaque morceau. On retrouve alors le flow barré de Roots Manuva, la voix modulaire d’Azekel et même le jeune groupe Young Fathers, qui rappelle d’ailleurs le passage éclair de Tunde Adebimpe sur Pray for Rain, en 2010.
Bon, ça ne vaut pas Tracey Thorn, mais ça fait bien le boulot.

Une technique (presque) imparable

Avec peu d’albums à leur actif mais beaucoup d’expérimentations sonores et une maîtrise impeccable du mash up-de genres, Massive Attack se réveille enfin d’une passade médiocre qu’ont souligné les sorties respectives de Danny The Dog et Collected. Renouant avec des basses sombres, des fréquences frôlant le sol et les bases du trip hop à l’ancienne, Ritual Spirit est un EP maitrisé, fin, qui promet un album (on l’espère) à la hauteur de ce qu’avait pu produire le trio original à l’aube des années 90. Se rapprochant de plus en plus de la black music, Robert Del Naja aka 3D révèle une fois de plus ses côtés dérangés, schizophrènes et offre des morceaux qui raviront les fans du groupe.

Et le retour du Jedi

Voilà, on y arrive. Le bon gros caméo qui interroge pas mal sur la suite des événements. En effet, c’est avec beaucoup de surprise qu’on retrouve Adrian Thaws, aka Tricky, sur le très beau morceau Take It There, qui clôt l’EP. Génie nerveux du genre, il quitte Massive en 1994 pour sortir deux ans plus tard une bombe : Maxinquaye, qui s’ouvre sur une reprise sublime d’un des tubes de Massive Attack intitulé Overcome (vous reconnaissez l’originale ?). Le message, en gros : 3D, va te faire foutre, je vais faire mieux que tout ce que t’as pu sortir auparavant. Autant dire que ce n’était pas la franche camaraderie entre les deux musiciens. Brouillés à mort, Tricky et Del Naja qui rebossent ensemble, c’est un peu comme si Anton Newcombe décidait soudainement de taper raclette avec Courtney Taylor : extrêmement improbable (pour la vanne, c’est ici). La surprise est de taille : en plus d’être un excellent morceau, Take It There laisse présager un remaniement du groupe en son noyau.

Alors, que peut-on attendre après la sortie de cet EP ? Est-on en droit d’espérer un maxi réunissant le groupe dans sa formation originelle ? Si Ritual Spirit est une bonne surprise compte tenu des dernières années d’activité du groupe, il devra impérativement être suivi d’un album sérieux afin de convaincre les plus sceptiques et de relancer Massive Attack au rang de maîtres.

Massive Attack - Ritual Spirit EP
8Note finale
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