Il y a des rencontres comme ça qui vous prennent à la gorge sans qu’on ait rien vu venir, il suffit de leur accorder quelques secondes d’attention pour qu’il soit impossible de s’en défaire.
On est tombé sur l’EP de Kedr Livanskiy comme un cheveu sur la soupe et pourtant, l’écoute du premier morceau a suffit a nous faire googler son nom comme des forcenés, à vouloir tout savoir d’elle et de sa musique, à faire une liste des personnes à qui elle faisait penser, à épier une date de concert dans le coin, à nous transformer en stalker compulsif en quelques minutes.

Kedr Livanskiy est russe, 26 ans, ancienne étudiante en cinéma, fascinée par la musique électronique, ennuyée du manque d’événements culturels à ses goûts, elle forme avec des amis le collectif Johns’ Kingdom qui devient par la suite label, chaîne de vidéos et lifestyle. Elle fait son premier morceau en 2013 et ne cesse d’enregistrer par la suite. Qu’est-ce que cela donne alors la musique d’une jeune femme russe née en 1990 dans un pays en pleine reconstruction, qui grandit tout de même en écoutant The Cure, Boards of Canada ou Aphex Twin et en regardant MTV, et qui a découvert l’électronique à des concerts d’Inga Copeland, Death Grips, Legowelt, Dean Blunt, Dj Rashad et Dj Spin ?

C’est forcément une confusion générale d’influences, de langues, de paysages, d’impressions et de sonorités. On pense à pleins de choses : à Pional pour les envolées d’ambiant et les sons cristallins (Winds Of May), à The Miracles Club ou Samaris pour la pop dansante et mélancolique (January Sun), à Helena Hauff pour le coté parfois brutal et sombre de ses productions. Ce n’est pourtant pas un vulgaire patchwork qui ferait ressembler cet EP à un manteau Desigual. Kedr a réussi à évoquer tout cela, à simplement suggérer sans donner une impression de déjà vu.

Winter Sleep

Elle passe de l’anglais au russe d’un morceau à l’autre, chacun des titres est traduit en anglais. Peu importe la langue, les paroles ne sont de toute manière pas intelligibles, la voix de Kedr vient de loin et nous parvient par vagues d’écho (Razrushitelniy Krug), à la façon d’une Inga Copeland, celle-ci est utilisée pour hanter les morceaux plus que pour les habiter. La bande semble comme abîmée par le temps, les nappes de synthé aux sonorités rétro donnent un aspect naïf aux morceaux et en accentuent la dimension irréelle pour en faire la bande-son d’une scène de bal d’un film de David Lynch. (Destructive Cycle, April)

L’EP garde tout le long cette même ambiance sans pour autant être redondant. Les morceaux suivent leur propre rythme pour vous faire passer par un peu tous les états, on est toujours surpris par la tournure qu’ils prennent et ce qui commence avec de l’ambiant peut soudain se transformer en breakbeat et nous faire trouver cela normal (Stroraet). Ceci paraît logique quand elle explique la signification de ses morceaux : l’introspection qui devient destructrice (« Destructive cycle is about self reflection becoming self-destructive in a vicious cycle »), le passage de l’hiver à l’automne (« April is almost tropical in its celebration of the arrival of spring. It’s for exploring the Russian countryside after the sun has unlocked the trees, debris and dilapited buildings frozen in time »), d’un état à un autre (« Sgoraet is the feeling of impending death and transition to another state when winter is over one’s shoulder »). La transition toujours.

January Sun est une plongée dans un paysage russe, c’est une musique de grands paysages froids et vides qui sont à la fois angoissants et romantiques.

Kedr Livanskiy - January Sun EP
8Note finale
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