Il y a des phrases qu’avec le temps on a un peu du mal à assumer quand on a un peu d’éthique (coucou Malek Boutih). Du type « Non mais je te promets elle a l’air super bonne cette recette gluten free, on sentira pas la différence » ou « Je te parie que Bieber va sortir un album de malade et je vous aurais prévenu ». Alors cette chronique, c’est un peu un mea culpa. Elle n’est pas évidente à délivrer, pas vraiment drôle et elle essaie un peu de sauver les meubles quand même, comme Purpose en fait. Au lieu d’un album de transition, Purpose s’impose finalement comme un non-album, le point 0 à partir duquel tout est possible et pour le moment, le pire plus que le meilleur.

Somewhere between I want it and I got it

Cet album était censé représenter la version finale de Bieber, celle qui annonçait la posture qu’il avait atteint et le faisait entrer dans la phase deux de sa carrière, sur l’autoroute de la postérité à l’image d’un Timberlake. Il y avait de quoi être optimiste pourtant avec ce premier single, What Do You Mean? si on mettait la coiffure inspiration Nekfeu de côté on avait un bon titre pop comme on déteste les aimer. Le problème majeur qu’a cet album, c’est qu’il ne représente en fait aucune transition. Même si Bieber s’évertue à nous prouver qu’il a grandi, qu’il est humain, qu’il a réussi à ne pas se faire détruire par la gloire, force est de constater que dans sa tête c’est toujours un grand club qui de temps à autre peut s’avérer un peu morose. Il y a le « problème » féminin aussi omniprésent et celui du pardon. Bieber s’acharne à prendre la responsabilité de tous ses actes, ses erreurs, ses errements et à demander à ce qu’on lui fasse amende honorable et le laisse repartir de zéro. Mais il y a l’art et la manière, Drake dans Furthest Thing fait exactement la même chose…en 1000 fois mieux. Dans cette veine, on enchaine donc les Sorry, The Feeling, Been You… Il faut aussi aborder l’épineux sujet des paroles, à la hauteur des titres des morceaux. « I’m missing more than your body », « Life is worth living/ So live another day/ People make mistakes/ Doesn’t mean you have to give in » sur le piano larmoyant de Life is worth living, on ne côtoie pas vraiment les sommets d’écriture comme l’aurait fait un véritable album de transition.

Un ami qui vous veut du bien

Même le Justin lover fait défaut. Pourtant il y a quelques belles tentatives comme le featuring avec Big Sean, No Pressure censé raviver la flamme R&B qui nous avait tenu en haleine sur Journals. Mais tout est tellement cliché que ça en perd tout intérêt. Incapable de résister à l’appel des beats, Bieber se perd dans les sirènes de Skrillex et de la feel good song comme Purpose qui sont l’équivalent d’un film avec Sandra Bullock au happy ending mielleux et à l’indecrottable sentiment d’avoir perdu son temps qui s’en suit presque mécaniquement. Pourtant ce n’est pas que l’histoire de Bieber soit inintéressante comme le prouve Love Yourself ou dans un moment unique il se laisse aller à un minuscule instant de méchanceté (mais quand même sur une guitare sympa) en regrettant d’avoir été utilisé par une ex un peu plus amoureuse d’elle même que de lui. Derrière ce titre il y a Ed Sheeran à qui décidément tout réussi quand il traîne dans des sphères un peu plus street comme on avait pu le constater avec son apparition sur l’album de The Weeknd. Et voilà, il est un peu là le problème aussi au fond, on n’a pas envie de le détruire cet album parce que Justin est fondamentalement sympa. Cet album a sans doute de nombreuses lacunes mais il ne se prend pas pour quelque chose qu’il n’est pas au moins, on sent la sincérité de la démarche qui l’accompagne et que, même si notre plaisir n’est pas égal à celui qu’a pris Bieber à le faire, au moins il l’a fait humblement.

 

Dire que tout est nul serait être de mauvaise foi. Il y a des titres sur lesquels on dansera surement le 31 Décembre, voire même à Noël si vous avez une cousine de moins de 17 ans et ce ne sera pas forcément désagréable. Il y aura Company, What Do You Mean et on ne pourra pas nier le petit plaisir que procurent les basses de I’ll Show You. Alors au final ce n’est encore pas pour cette fois mais ça viendra, il le sortira ce grand album. Bieber n’est pas encore prêt et puis après tout pourquoi le serait-il ? Est-ce qu’à 21 ans on avait déjà sorti notre plus grand album nous, hein ? En attendant on va continuer à se laisser retransformer en pré-ado avec grand plaisir sur les quelques très bons titres que contient cet album.

 

Justin Bieber - Purpose
4Note finale
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7.3