Que faire à 24 ans lorsqu’on a créé un méga tube pour les deux plus grandes méga stars de la planète et une quinzaine d’autres hits comme dirait NRJ pour tout ce que ce monde compte de VIP ? Deux solutions : l’option Mike Will Made It consistant à vouloir apposer sa signature sur l’intégralité du flux musical radiophonique que ce soit en travaillant avec Future et Gucci Mane ou avec B.o.B et French Montana (l’argent n’a pas d’odeur quand le succès est toujours au rendez-vous après tout) ou bien l’option Hit Boy consistant à rester à produire ses gars sûrs tout en s’accordant bien sur quelques escapades dans les sphères populaires (Mariah Carey, John Legend) aussi restreintes que possibles. Dans la deuxième option, vous avez la possibilité en bonus de sortir des tapes de producteurs de moins de 50 pistes qui n’auront certes pas le même million de clics, mais qui seront le vrai reflet de votre approche musicale. Zoomin’ n’a peut-être que cinq titres, il fournit néanmoins une réponse très claire quant au choix de son auteur.

Les vieux pots et les meilleures confitures

Hit Boy a choisi l’option numéro deux tout en s’assurant une liste de guests qui en cinq pistes pourrait constituer l’accomplissement de toute une carrière pour un rappeur lambda. On retrouve donc aux côtés du jeune prodige Pusha T, Quentin Miller (le fameux), Gizzle et Greezy P venus tour à tour déposer leur flow sur les violons qu’Hit Boy semble avoir choisi de mettre particulièrement à l’honneur. Et tant pis si c’est pas ce qu’on attend de lui, le producteur le dit clairement « I’m dropping this project because it is where I am at musically and lifestyle wise ». Visiblement, Hit Boy est dans un moment assez intense qui nécessite de littéralement sortir les violons dans un premier temps puis de se mettre lui-même derrière le micro dans un second temps. Hit Boy se trouve donc aussi dorénavant de l’autre côté de la vitre du studio, définitivement sur tous les fronts. Open Road capitalise donc sur le Hit Boy nouveau, le rappeur. Celui qui a pour habitude de mettre son génie au service des autres le tourne ici vers lui-même avec un titre qui respecte toutes les conventions d’un tube qui n’en saura pas un puisque trop chill, sans basses, drops, kicks ou quoique ce soit d’autres qui fera danser votre petite copine de 18 ans dorénavant synonyme d’engagement amoureux sérieux (voir aussi Tyga). Pourtant jusque dans ce petit écho féminin reprenant cette rengaine « don’t be mad« , tout est parfaitement contrôlé. Les quatre minutes se déroulent avec la retenue adéquate et finissent même avec délicatesse. A diverses reprises, on se prend à répéter en chœur ces petites phrases qui trahissent la connaissance précise de ce qui marche comme celle-ci « goddamn nigga that’s absurd » dans Absurd.

My woes

Comme à son habitude, Pusha T débarque comme si c’était chez lui. Le couplet était à l’origine destiné à apparaître sur Clique, autre méga tube à ajouter à la longue liste d’Hit Boy, mais n’a jamais vu le jour en tant que tel. Trois ans après, voici ce verse autour duquel Hit Boy a construit tout le titre. On connaît le bonhomme, on connaît le flow et on sait que d’habitude King Push vole la vedette et emporte l’intérêt du morceau avec la fin de son couplet. Là, le refrain rebondit et ces Bussin’ Moves prennent un nouvel aspect avec ces trois protagonistes pour les moins antagonistes. Arrêtons-nous deux minutes sur Quentin Miller omniprésent sur ce projet et qui sera très probablement sur l’album annoncé pour 2016 par Hit Boy. Il y a déjà quelques semaines, on voyait sortir de partout, enfin surtout de chez Meek Mill, ce nom auparavant inconnu après des accusations faisant de lui le ghostwriter de Drake. Depuis de 40 à Drake à l’intéressé, tout le monde a démenti et le « scandale » s’en est allé. Toujours est-il qu’Hit Boy s’est senti obligé de se défendre dans un petit texte sur l’absence de rancœurs non digérées en associant Pusha T qui n’a pas vraiment un passé de BFF avec Drizzy à celui qui l’a mis au coeur de cette polémique sur Bussin’ Moves. Il a aussi clarifié la chronologie du projet en assurant que cette collaboration n’était autre que celle de deux amis qui se côtoient depuis bientôt cinq ans dans un équilibre et une transparence sans faille quant à qui fait quoi. Cependant, aucune trace, aucune mention de ces histoires n’apparaissent dans Bussin Moves ou OT Freestyle, marquant la très nette intention d’y mettre une fin définitive et « move forward » comme le revendique Hit Boy.

Finalement, Zoomin’ propose une transition loin d’être accessoire avant un premier album studio qui sera jugé à n’en pas douter comme un test ultime quant à la capacité du producteur à briller en continu tout en se focalisant sur lui-même et en assumant la lumière des projecteurs. De ce point de vue-là, cet EP est une première étape vers l’autonomisation, une étape qu’il semble capable de passer haut la main, à la manière dont il passe tous les obstacles depuis bientôt une dizaine d’années.

 

 

Hit Boy - Zoomin'
6.8Note finale
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