Donmonique a particulièrement été monté en épingle ces dernières semaines, chaque nouvelle sortie étant suivi de près et relayée un peu partout sur les réseaux, elle apparaissait déjà comme la « next big thing » la révélation féminine de l’année à la suite de Tink et Dej Loaf. L’EP était annoncé et attendu, on attendait de lui qu’il confirme le attentes suscitées et la fasse passer au niveau supérieur, un peu plus grand public, un peu moins dans la niche des amateurs de hip hop. Composé de seulement 6 tracks (si on ne compte pas l’intro et l’interlude), pas de featuring prestigieux (no offense Remy Baks et Noah Caine mais on annonçait Rome Fortune), à nouveau Stelios Phili à la prod : la sortie de l’EP est passée relativement inaperçue et a fait moins parler que ses singles précédents.

Apologie du slow

La production y est pour beaucoup, ce sont des boucles répétitives, il n’y a pas de basse ou de beat imposant, elle s’efface pour mettre le rap en avant- c’est particulièrement flagrant sur les 3 premiers morceaux. Et de fait Donmonique rappe. Bien certes, mais on peut lui reprocher un flow un peu trop prévisible et linéaire qui ne parvient pas à réellement retenir l’attention. Les morceaux sont largement soutenus par les refrains et il faut attendre le quatrième pour réellement accrocher. La production ralentie, tout en ondulation et en rondeur de Drown casse le rap un peu tranchant de Donmonique et lui permet de moduler son flow, de jouer sur l’accentuation des mots, les accélérations et les échos pour créer une ambiance enfumée qui a quelque chose d’hypnotique. Une interlude de 20 secondes en forme de message vocale vient introduire une rupture dans la logique de l’EP. A partir de là les productions sont plus variées et imposantes (particulièrement sur les trois derniers morceaux) et le flow suit le mouvement, elle semble plus impliquée et dynamique quand elle paraissait parfois absente sur le début de l’EP. On peut seulement regretter que le sursaut arrive un peu tard, c’est au moment où on a l’impression qu’elle a enfin trouvé le type de production qui la met le plus en valeur que l’EP arrive à son terme. C’est ainsi sur les deux derniers morceaux que Donmonique se fait la plus percutante. Outre le single Tha Low- dont la production et les participations de Danny Brown et Slayter en font le morceau le plus intéressant de l’EP- c’est sur Jada qu’elle montre ce dont elle est réellement capable. Sur moins de deux minutes les punchlines se succèdent « fuck with model bitches my bitch is bad as rihanna », « broke niggaz cant put these lips on me », la production ressemble à une respiration entre les silences du souffle court, les accélérations d’essoufflement, le phrasé de la rappeuse s’adapte parfaitement à ces inflexions et semble même jouer avec pour les accentuer. Avec Thirst Tap Donmonique montre que sa musique est plus complexe que ce qu’elle avait pu laisser entrevoir, l’EP n’est pas destiné aux radios ou au grand public mais à asseoir sa crédibilité en tant que rappeuse. Il ne contient pas de tube qui lui permettront de capitaliser sur son succès naissant mais intelligemment Donmonique se donne du temps pour tâtonner et développer une sonorité propre.

Donmonique - Thirst Trap EP
6.5Note finale
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