Le stream intégral de l’album est disponible sur The Guardian.


 

Janvier 2015, l’année s’ouvrait en beauté avec le dernier chef d’oeuvre de Björk, Vulnicura, procession miraculeuse qui annonçait une année tumultueuse et extrêmement riche. A l’aube de 2016, on attendait avec impatience le premier album qui marquerait cette année qui s’annonce encore plus belle que la précédente. Et c’est finalement le dernier LP du groupe DIIV qui a fait mouche. Originaires de Brooklyn, les poulains du shoegaze avaient étonné tout le monde avec Oshin, sorti en 2012 – projet solo de Zachary Cole Smith (Beach Fossils, Soft Black) qui y associa par la suite Andrew Bailey, Devin Perez et Colby Hewitt (Smith Westerns). Il nous tardait de voir si les fruits dépasseraient la promesse des fleurs.

Is the Is Are, sorti il y a quelques jours à peine, était attendu avec une impatience non contenue, pour la plus grande joie du label signataire, Captured Tracks (The Soft Moon, Mac Demarco, Blouse). Et la surprise est de taille : non seulement l’album est une vraie réussite, mais il est également l’opus le plus personnel et le plus intéressant de toutes les réalisations du jeune groupe.

Un travail colossal

Pour être honnêtes, on avait découvert DIIV avec ça. Pas terrible, on vous l’accorde. Alors, qu’est-ce qui a changé entre cette tentative indie trop sucrée et la maturité sombre de Is the Is Are ? Tout d’abord, il faut souligner la longueur de l’album. 17 morceaux, quelques instrumentaux, un featuring (qui se révèlera par la suite désastreux)… Pas de doute, le groupe n’a pas chômé depuis la tournée live d’Oshin. Préférant la jachère salvatrice à l’épuisement des ressources, DIIV s’impose enfin des contraintes techniques et s’appuie sur de nouvelles références musicales solides et originales.
Dans les morceaux qui détonnent, on retrouve évidemment Mire (Grant’s song), Valentine, Take Your Time ou encore Dust. Mire est une mine instrumentale, résolument sombre, soulignée par une ligne claire répetant sans cesse « I was blind / Now I see / You made a believer out of me ». Peu de texte, le lyrisme est dans l’envolée des lignes lead et la fureur de la batterie. De manière générale, on est surpris par la teneur mélodique et instrumentale de cet opus : contrairement à ce qu’avait pu proposer le groupe à ses débuts, on trouve ici une véritable force technique dans la production et dans les choix purement instrumentaux. De quoi faire oublier que l’album est un tantinet trop long.
Dust et Valentine, tout comme Loose End, renouent avec des lignes de chant très claires, frisant parfois les modulations très rock, à la manière d’Ian McCulloch ou encore de Morrissey (oui, on l’a dit).

Chargez !

Néanmoins, DIIV se cantonne toujours aux carcans très propres du shoegazing deuxième décan (Alison’s Halo, Slowdive). On est bien loin de l’énergie brusque de Luminous Orange ou des furieux japonais Coaltar of The Deepers. Dans l’ensemble, on retrouve très peu de prises de risque, et toujours un léger penchant pour le « bien comme il faut ». À l’image de Craft Spells ou des minots de Blouse, DIIV est encore trop peu assuré pour pouvoir se permettre de dépasser ses modèles et de produire des sonorités réellement novatrices. Si les hommages sont bien plus variés (on pense notamment à des influences très marquées d’Amusement Parks On Fire , Secret Shine ou encore Suicide), le groupe peine à se débarrasser de ses mauvaises habitudes indie. L’exemple flagrant est le fameux featuring de Sky Ferreira sur la ballade Blue Boredom. La voix est exagérément basse, faussement sensuelle, ne s’accorde pas avec la tournure mélodique du morceau. Le constat est rapide : c’est une vraie fausse note. Outre la coupure musicale qu’instaure le morceau, il y a un réel questionnement quant à la necessité de poser une autre voix sur l’album. Non pas que ça n’ait jamais marché, au contraire : en 2010, Massive Attack offrait Psyche à Martina Topley-Bird, en 1993 Kim Deal invitait J Mascis à reprendre leur tube Do You Love Me Now?Mais l’invitation d’une voix sur un morceau est avant tout une affaire d’apport premier. Ici, la voix de Sky Ferreira n’apporte rien du tout et pour cause : elle n’en a pas.

Après une première écoute agréablement surprenante, Is the Is Are se révèle être un album possédant de grandes qualités de rythme et un solide investissement de la part des musiciens. Si la plupart des morceaux sont de grande qualité et que le choix d’une globalité penchant pour l’instrumental pur est une réussite, on attend avec impatience le prochain opus du groupe qui devrait révéler avec encore plus de force un réel potentiel qui reste encore trop timidement exploité.

 

DIIV - Is the Is Are
8Note finale
Avis des lecteurs 4 Avis
7.5