Ce serait mentir que de dire qu’on décomptait les jours dans l’attente du nouvel album de Daughter. Sans aucune hostilité, on éprouvait à leur égard une forme de respect un peu distant, reconnaissant la beauté de leur musique, la qualité du chant et du songwriting d’Elena Tonra mais une tristesse trop exacerbée, une injonction à l’émotion un peu trop insistante et presque étouffante nous tenait à l’écart du groupe. Aussi bon qu’il soit, If You Leave sorti en 2013 restait alors réservé aux états de mélancolie avancés. Alors sommes-nous ceux qui avons changé à ce point ou est-ce Daughter ? Quoi qu’il en soit, dès le premier morceau (New Ways) de ce nouvel opus, on comprend que quelque chose s’est passé.

Tout n’est pas si facile

Le son est très clair, la batterie résonne comme un écho, la voix émerge sans trop forcer, sans en faire trop et se trouve même en retrait au refrain pour laisser place aux guitares presque dissonantes, aux sonorités très Alberta Cross. La trame est posée et Not To Disappear l’explorera tout au long des 10 tracks qui le composent. On pense parfois à The XX pour les tonalités des guitares (Numbers, To Belong), parfois à Foals pour ces paysages vides seulement comblés par une guitare distordue.
Not To Disappear, c’est la solitude, la folie, l’inaptitude et l’indifférence. Les relations n’apportent aucune solution pour en sortir mais sont plutôt le nœud du problème. La solitude est insupportable mais on se sent encore plus seul avec l’autre (« I hate living alone/ Talking to myself is boring conversation/  I hate dreaming of being alone/ causeyou are never there […] I hate sleeping with you/ cause you are never there/ Just a shadow figure with a blank face« ), on veut que l’autre soit là mais on ne veut appartenir à personne (To Belong). On essaye de s’adapter mais on y parvient pas, alors on fait semblant au début et puis on abandonne (No Care). Elena semble être cette fille taxée de weirdo au lycée qui resterait dans un coin de la pièce à observer la fête sans chercher à y prendre part : « No one asks me for dance cause I only know how to flail« .

Beauty behind the madness

L’album prend le parti de la personne extérieure à tout et c’est en ça qu’il est brillant : c’est bien plus dur de traiter d’indifférence car c’est dire quelque chose à partir du rien et parler du vide. C’est beaucoup moins facile que de parler d’une peine incommensurable, beaucoup moins accrocheur aussi. C’est le risque de passer juste pour un insensible (« What if I’m made of stone ?/ Feeling is not a system […] I should be feeling more« ) et de susciter l’antipathie. C’est alors une solitude qui semble mener tout droit à la folie : il y Alzheimer sur Doing The Right Thing, ce qui ressemble à une dépression post-natale sur Mothers et la perte de contrôle toujours annoncée : « feel a little out of my mind », « I feel like I’ll lose my mind ».
Ce qui empêche l’album d’être étouffant, c’est la légèreté des productions qui vient contrebalancer la dureté des paroles, un rythme effréné et des tonalités pop de quand tout autour s’effondre (No Care). Le disque se clôture sur cette phrase : « You’ll find love, kid, it exists« , sachant que dans cet album l’amour n’est qu’un cache-misère nécessairement insatisfaisant, à vous de décider s’il se termine sur une note positive ou de profond désespoir.

 

Daughter - Not To Disappear
7Note finale
Avis des lecteurs 0 Avis
0.0