Tellement d’éléments sur le papier s’opposent à la découverte de ce groupe de ma part : 1) Un lien Bandcamp, 2) Un label de Manchester, 3) Le format cassette et puis 4) cette miniature carolingienne pas forcément engageante. Et pourtant, c’est assez compliqué de vous décrire avec précision l’immédiateté du coup de coeur qui a été le mien en appuyant négligemment sur play il y a deux jours. Derrière Cult Party et cet enthousiasme sans faille, on trouve Leo, lui aussi originaire de Manchester et fier contributeur de la survie de l’industrie de la cassette depuis 2012. Eternal Love And the Death Of Everything est le dernier « album » en date, 8 titres c’est pas mal, pas assez long pour être ennuyeux en théorie et surtout c’est la longueur idéale pour atteindre l’épicentre des coeurs brisés.

Et perpétuellement, sans toi…

C’est bien l’objectif affiché de cette cassette et contrairement à ce que le premier titre Blackberries in the city vous laissera penser, tout n’est pas si sombre, solennel et mystique, ayant l’air de sortir des entrailles d’un vieil homme barbu attendant l’inespéré sur son porche dans l’Oregon. Ce ne sera quand même jamais vraiment la fête comme le proclament les premiers mots d’Autumn Sweater Youth: « I am six feet under ground » et dans ce récit cette même femme-enfant qui semblait être le spectre fantomatique du premier titre. Ce sera sombre bien entendu comme le sont toutes les histoires d’amour frustrées, celles dont on s’aperçoit à retardement qu’elles sont à sens unique. Seulement après avoir atteint son point le plus sombre avec Kiss, au milieu de l’album, celui-ci ressuscite avec Fox Mountain, comme libéré du but/de la femme qui l’enfermait depuis des années dans cette lasse et longue petite mort. Finie la claustrophobie, voici venu l’heure des grands espaces, de l’air pur et de nouveau l’apparition d’un horizon, de lumière. Après cela The Death Of Everything apparait encore plus vain qu’auparavant. Même la voix de Leo n’y croit plus, chante par défaut, sans passion « I’m everything and all at once« , c’est donc lui qui meurt dans cette « death of evetyhing », lui dans son intégralité, dans son infinitésimal aspect, rayé de la carte, lessivé par son échec.

…le trou noir

La réverbération, élément clef de cette cassette. Celle qui ici renvoie tout au statut de souvenir, qui fait sonner chaque phrase comme une question rhétorique un peu désespérée comme ce « I have to ask, won’t you come with us? » proclamé sans conviction dans Shinning Dark.  Kiss s’apparente alors à la chanson de la dernière chance, celle supplication dans son ton comme dans ses paroles de mettre fin à cette quête inespérée, cette traque infinie que fait subir cette jeune femme à celui qui nous raconte son enfer depuis bientôt cinq titres. « Kiss, Kiss, Kiss me to death/ And I won’t follow you to the hill » chante Leo, visiblement conscient de l’impossible succès de sa poursuite. Kiss (Two) donne enfin un nom à celle dont on s’efforce de trouver la trace depuis le début du projet. Marylou, c’est donc elle que l’on cherche. Et ce dernier titre change d’approche, cherche à l’apitoyer, la convaincre docilement plutôt que la confronter en face à face à lui. « Oh Marylou, as we dance the night away/ then gently I will love you » assène-t-il pour conclure cet album.

En huit titres, Eternal Love And The Death Of Everything vaut tous les romans et films romantiques auxquels vous pourriez penser. Cult Party délivre un album du fin fond de son désespoir, comme une preuve ultime qu’il a tout essayé avant de baisser les bras. C’est super la folk en fait, Manchester et les cassettes, c’est particulièrement triste mais qu’est-ce que c’est beau.

 

 

Cult Party - Eternal Love and The Death Of Everything
9Note finale
Avis des lecteurs 4 Avis
6.6