Cela fait pas mal de temps maintenant qu’on tombe toujours sur le même type de groupe un peu branleur qui se débat entre deux influences majeures, à savoir les Sex Pistols et Siouxie. Mais si, ce genre de groupe qui met dans sa bio punk is not dead et qui prend son boulot vraiment trop au sérieux alors qu’il se déplace encore pour des kopecks dans les bars PMU comme n’importe quel mini-band en 2015. Eux qui ne se lasseront apparemment jamais de sortir le même EP tous les ans parce que « faire du punk, c’est gueuler ta rage mec ».

C’est drôle comme on oublie que la rage se gueulait chez Joe Strummer avec aussi pas mal de boulot derrière. Et puis, le punk tel que l’a connu papa, il est salement amoché… D’ailleurs, la colère punk, la vraie, on la retrouve bien plus souvent chez ces groupes qui décident d’arrêter de prendre au premier degré leurs influences. C’est le cas de Bisou de Saddam. Entre Paris et sa banlieue, ce jeune quatuor originaire de Nantes navigue entre post punk cinglant et synth pop du futur depuis plus d’un an.

Punks, ils le sont naturellement. En colère, sans doute. Mais loin d’eux l’idée de s’en tenir à ce style : en mélangeant avec brio rythme effréné, synthés low cost et voix sous-marines, ils tiennent leur dernier EP d’une main de fer du début à la fin, et sans prétention.

(Pas si tristes) tropiques

Ce qu’on remarque assez rapidement, c’est la grosse influence surf rock derrière la première ligne punk, une sorte de Beach Boys en avance rapide ingérant moult acides depuis plus de 72 heures. Comme l’excellent, et malheureusement dissout, Surf Curse, Bisou de Saddam recrée une atmosphère languissante bien illustrée par le morceau tramadoll. Cette influence beach mess est contrebalancée par une énergie noire, déployée notamment dans les lignes de basse. On retombe dans des consonances plus sombres, qui rappellent par certains aspects le dernier LP de The Soft Moon : lignes névrotiques, tendre mélange entre magie noire et tahitiennes un peu mélancoliques.

Pourtant, si un aspect parfois un peu trop pathos a tendance à se retrouver dans les sous-genres multiples du rock alternatif, il n’est pas question ici de générer telle ou telle émotion. Chaque morceau possède une construction très évolutive. On peut passer d’une atmosphère brutale et ombragée sur 14 juin à des nappes beaucoup plus joyeuses, presque pop, notamment dans les lignes de chant pouvant être très marquées. On retrouve cette ambiguité qu’avait pu créer The Cure avec The Love Cats, entre autres, une virée surprenante dans la pop sucrée s’alliant à un instrumental cold wave. Toute la richesse des morceau se trouve d’ailleurs dans les transitions entre les différents passages présents dans chaque titre. Dans tramadoll, on assiste à une véritable montée en puissance des instruments et de la voix, jusqu’au moment où cette escalade chute radicalement. On reprend sur une base alors beaucoup plus calme et précise qui équilibre le morceau tout en soulignant le rythme du premier passage.

En accordant avec souplesse des genres qui pourraient sembler presque contraires, Bisou de Saddam réussit à évoluer au sein de chaque morceaux entre plusieurs catégories musicales, qu’elles datent des années 80 ou de 2015.
S’il est donc difficile de définir une narration particulière dans la construction de l’EP au premier abord, c’est parce que Paris, ville ouverte se lit plutôt comme un avant-goût du potentiel de ce jeune groupe. En proposant un panel d’influences et de possibilités musicales, Bisou de Saddam peut explorer une infinité d’expérimentations sonores, et traverser plusieurs décennies musicales. Grâce à leurs projets solos respectifs, les membres du groupe ne cessent de faire évoluer leur identité musicale en la renforçant et la rendant de plus en plus originale, préférant avancer doucement mais sûrement. C’est pour cette raison qu’on mise sur eux, et qu’on attend avec impatience un prochain EP ou un premier LP dont les fruits dépasseront sans doute la promesse des fleurs.

 

Bisou de Saddam - Paris Ville Ouverte
8.5Note finale
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