Christopher Owens, c’est l’amoureux de lycée qu’on a jamais eu. A l’époque où minaudes on regardait The Virgin Suicides, on rêvaient d’un mec qui faisait de la pop, les cheveux dans les yeux et une inclinaison à la dépression romantique. On voulait un petit garçon fragile, prêt à se péter à n’importe quel moment entre nos doigts. En bande son, on avait le choix : les plus dark étaient coincées sur Kurt Cobain, certaines serraient très fort des posters de Bradford Cox ou de Pete Doherty et puis là, dans ce foutoir indie à s’en percer les tympans est arrivé LE groupe, le seul, l’unique : Girls. Deux australiens aux allures éméchées, Christopher Owens et Chet White, une guitare sous le bras et un album qui a mit tout le monde à terre. Avec Album, sorti en 2009 sur l’excellent True Panther Sounds, les deux enfants terribles de la pop ont fait pleurer toutes les filles et hurler de joie la critique musicale.
De son côté, Christopher Owens s’était lancé dans divers projets solos, plus ou moins bons, plus ou moins beaux, et avait sorti avec son acolyte Father, Son, Holy Ghostqui avait encore une fois été acclamé à l’unanimité.
Alors, comment vous dire. Voir sur le cloud de bon matin le nom de Chris Owens et sa petite gueule d’ange, ça nous met un foutu baume au coeur. Et son dernier album, le bien nommé Chrissybaby Forever, est un petit rayon de soleil dans ces heures sombres.

 

« It’s just the music of my heart « 

Fidèle à lui même, Chris Owens se met à nu. Entouré de sons simples, de lignes droites, l’artiste ne se cache ni derrière des effets pompeux ni dans le creux de métaphores alambiquées. « I was happy just to be with you yeah », et c’est tout, c’est aussi simple que ça,  16 chansons pour parler du quotidien ordinaire d’un jeune homme paumé, heureux et triste, qui mange des céréales dans son canapé et est fou amoureux d’une nana qui ne lui répond pas. Instantané d’une vie crue, Chrissybaby Forever est un journal intime ouvert sur la table, chanté sans prétention, habile dans un choix de mots quotidiens, sincères et clairs. Il le dit lui même dans la ballade « Coffee and cigarettes » : « I’ve got nothing to say but there’s so much on my mind « . On entend derrière la guitare languissante des bruits de tweets qui s’envolent dans le cloud, une voix cassée d’un mec qui n’a pas dû dormir du week end, et voilà, on y est. Dans le coeur du quotidien, le coeur de la vie, dévoilée devant nous en trois minutes top chronos.
Toujours sur le fil du rasoir, C. Owens a choisi cette fois ci de transformer sa tristesse maladive et sa sensibilité exacerbée en véritable force, en dévoilant un ensemble lumineux, où un simple « teach me how to live / unafraid of dying » se chante en majeur, loin des stéréotypes pop éconduits où le pathétique frôle un peu trop la mélodie. Ici, pas de pathos. Simplement un bel hommage au « triste joyeux » que l’on ressent tous un peu, quand on écoute le Velvet ou les Kinks, quand on regarde le monde un peu branque qui continue pourtant à tourner.

 

Toujours pareil, jamais la même chose

La force de cet album, comme de toutes les œuvres de Christopher Owens et du groupe Girls, réside dans la simplicité extrême de chaque chanson, qui se ressemblent toutes assez pour former un ensemble cohérent, et sont assez différentes pour susciter une pointe de surprise, d’émerveillement au début de chaque morceau. Parler d’amour, oui, mais comment ? Pour Christopher Owens, il suffit de deux, trois notes qui tournent autour de la même gamme et d’un texte clair qui ne parle que de la vie. Dans le touchant I Love You Like I Do, Christopher prête ses textes à une voix féminine naive, nasillarde, qui n’hésite pas à répéter à l’infini une comptine enfantine, composée d’une quinzaine de mots tout au plus, mais qui retourne le coeur par son honnêteté brute.
A ceux qui pourraient penser que Crissybaby Forever se répète, classé dans ses schémas pop tristoune, on répond gentiment que c’est la vie, qu’elle se répète elle aussi, et qu’on a parfois envie d’entendre un album simple, qui parle de tout et de rien, et que comme Christopher Owens « i just don’t wanna become a part of the mess  / i’m not an anarchist i just get so depressed ».

Christopher Owens - Chrissybaby Forever
8.5Note finale
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