C’est presque aussi important et personnel qu’une sortie d’un nouveau Dolan pour une certaine tranche de fans. La bulle d’amateurs de Bon Iver se tient au courant de chaque évolution de la formation, des séparations, reformations, collaborations, lit des essais explicatifs et attend avec une certitude toute relative le retour de leur poulain. Si l’attente fut moins silencieuse que celle qui a accompagné Frank Ocean, elle fut aussi moins glorieuse. L’album ayant leaké il y a une vingtaine de jours déjà, quand arrivera le moment de sa sortie officielle, il y a des chances que le bruit ne s’accompagne pas de la fureur populaire.

Tentative d’émancipation

22 (OVER S∞∞N) qui ouvre l’album laisse entrevoir l’influence mutuelle qui s’est opérée entre Vernon et ses nombreuses collaborations notamment avec Frank Ocean et Kanye West, non seulement à travers de lointaines mais bien réelles sonorités gospel d’outre tombe. Force est de constater avec 715 et 10 d E A T h b R E a s T ⊠ ⊠ que peu importe le classement de fin d’année, ce sera sans doute le vocoder qui gagnera tous les suffrages tant son omniprésence sur les grosses sorties de 2016 se confirme une fois de plus. Dans ces trois premiers morceaux se dégage quelque chose de plus brut, de plus terre à terre. Si les grandes envolées instrumentales de cuivre sont toujours présentes, elles se cantonnent à un rôle très ponctuel. 10 manque cependant de clarté et se positionne entre deux perspectives entre lesquelles Vernon ne parait pas réussir à trancher et s’embourbe progressivement dans un amas sonore parfois difficile à justifier. 715 pâtit du même manque et il ferait une excellente transition s’il avait été raccourci. Bon Iver semble potentiellement oublier que son meilleur atout réside dans sa voix et il faut attendre 33 GOD pour retrouver un usage direct, dénué d’une débauche d’éléments de son organe. Revenu sur un seul et même niveau, il y a quelque chose d’une grandiloquence pas tout à fait assumée qui disparaît parfaitement au bout du cinquième titre, 29 #Strafford APTS.

Home sweet home

A partir de ce titre, une certaine nostalgie d’un Bon Iver plus essentialiste prend forme. En réduisant assez drastiquement ses ambitions de rupture et d’expérimentation, c’est là qu’il excelle mais dans une forme convenue. 666 confirme exactement l’ambiguïté d’un album qui tend à se reposer sur ses lauriers. Certes, le titre classique de Bon Iver sera toujours très bien, mais il nous propose exactement la même forme que ses précédents travaux. Pourtant les pistes sont là, plus ou moins exploitées comme le très léger beat qui sert plus de tapis qu’autre chose sur 8 (circle). Les morceaux sont progressivement avortés pour tenter de proposer autre chose qu’une harmonie parfaite que l’on sait depuis trop longtemps déjà à la portée de Bon Iver.

22, A Million se retrouve donc confiné entre une envie clairement affichée en début d’album de s’émanciper du cadre dans lequel- lui comme ses fans- évoluent et l’aventure en de nouveaux territoires. Seulement il semblerait que les résultats n’étant pas toujours à la hauteur des espérances, il se recroqueville rapidement dans une zone de confort dans laquelle on pourrait rapidement commencer à se trouver à l’étroit. Si tous les albums ne sont pas des révolutions, celui-ci est à peine une évolution dont on peine parfois à croire que sa réalisation à été pleinement satisfaisante. On ressort avec une certaine frustration d’avoir vu tout au long de l’année un artiste s’épanouir sur des projets novateurs pour les autres et s’enfermer lui dans des schémas qu’il maîtrise à la perfection. Fatalement à la froideur des thématiques s’ajoute celle de l’exécution.

Bon Iver - 22, A Million
6Note finale
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