Les rapports homme- machine sont source de moults fascinations, craintes et fantasmes, la musique a toujours eu à cœur de les questionner et aussi de les alimenter et les renforcer. L’essor des arts numériques a mis sous le feu des projecteurs toute une scène et un courant musicale qui s’attache à questionner ces rapports. Certains de ces artistes donnant une dimension ouvertement politique à leur travail (Holly Herndon sur l’intimité et la surveillance, Fatima al Qadiri sur la répression), d’autres s’attachent à explorer les possibilités  sonores permises par les technologies (Aisha Devi, Sophie, la pc music en général).

Ash Koosha fait partie de cette scène tout en s’en démarquant. Lui qui n’était pas particulièrement intéressé par la musique s’initie alors à la composition classique et aux théories de la musique au Conservatoire de Téhéran. Il développer une fascination pour la dimension physique de la musique qui l’amène à monter des groupes et jouer à peu près tous les styles selon les personnes avec qui il se trouve (rock, punk, jazz, funk). Avec un groupe d’amis ils tentent d’organiser un festival de rock, les autorités leur refusent l’autorisation qu’a cela ne tienne ils décident de le faire quand même.Mais voilà c’est Téhéran. Alors  quand 700 personnes se présentent au concert au lieu des 150 invités, les hélicoptères et l’armée débarquent. Ils se font arrêter, passent 3 semaines en prison. En sortant la plupart de ses partenaires abandonnent la musique, Ash Koosha forme alors Take it easy hospital avec une amie. De leur combat avec la censure pour obtenir l’autorisation de partir en tournée, il  sera fait un film: Les chats persans. Le film obtient le prix Un certain regard à Cannes en 2009 et la même année le groupe part faire une série de concerts en Angleterre. Pendant ce temps  la situation politique se dégrade en Iran, la révolution verte en est à ses balbutiements, le groupe ne rentrera jamais à Téhéran.

Lunettes 3D

Dès lors Ashkan Kooshanejad se retrouve seul dans un pays qu’il ne connait pas et un exil qu’il n’a pas prévu. Il se met à faire de la musique avec ce qu’il a sous la main: son ordinateur. Son premier album GUUD sorti l’année dernière était le résultat d’imbrications et expérimentations de sonorités. I AKA I  se veut comme une continuité, l’album a cette même obsession de la matérialité mais là où GUUD s’attachait principalement aux structures de la musique (fluide, rêche ou brutale), les mélodies d’I AKA I lui donnent des contours et une matérialité.

L’EP s’ouvre avec Feather, le titre est très proche des sonorités de GUUD les premières secondes, (une multitude de sons électroniques qui s’entrechoquent, et des sons comme des bulles d’eau) puis une rythmique et une mélodie émergent de cet apparent désordre. Sur la demie heure qui suit Ash Koosha va s’appliquer à jouer sur plusieurs terrains, laissant entrevoir une brèche de douceur et de sensibilité, de grande musicalité dans un ensemble de sons parfois violents. Mudafossil convoque des sonorités moyenne-orientalesBiutiful rappelle Arca pour le traitement des aigus, Make it fast clôture sur une impression d’emballement inexorable. Le rythme est saccadé et inconstant, on a l’impression d’un tapis de course qui accélère d’abord régulièrement pour finalement perdre le rythme et devenir incontrôlable.

La particularité d’Ash Koosha est qu’il est venu à la musique électronique relativement tard et qu’elle fait déjà partie d’une seconde partie de sa vie, elle est pour lui un moyen de mettre en œuvre une vision plus globale de la musique et non une fin en soi. I AKA I a été largement influencé par la réalité virtuelle et de nombreuses expositions qu’il a vu entre temps et qui ont conforté son idée d’un lien intrinsèque entre le sonore et le visuel. Pour lui la musique est faite de couleurs, de formes, ce lien naturel est amené à être renforcé et à aboutir à une fusion totale grâce aux technologies. L’EP parle de cela, de cette fusion entre musique et visuel mais aussi entre l’homme et la machine « On this album the concept is how I face a version of myself which is merged with technology and enhanced: is it a different entity, or is it me but improved ? ».

Ash Koosh- I AKA I
8Note finale
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