Le nom de Floating Points a progressivement imposé un certain respect grâce à des djs sets éclectiques, une résidence de cinq ans au Pastic People (clôturée dans l’orgie d’un dj set de 6h avec Four Tet) et des singles lui ayant valu le respect des clubbeurs (Montparnasse, King Bromeliad, ARP3). Après une dizaine d’EPs on pensait connaitre le gars mais voilà un album est un format bien différent. Sam Sheperd a mis plus de six ans à sortir le sien, il fallait donc exprimer qui il était vraiment et rendre hommage à ses premiers émois.

Poker face

L’autre facette qu’on découvre c’est celle du Floating Points de formation classique- n’oublions pas qu’il a des années de chanteur à l’église, de conservatoire et de piano derrière lui- le passionné de jazz à la culture musicale abyssale qui lui vaut d’être associé à des génies du genre de Four Tet et Daphni. Considérés parfois comme élitistes ou pas toujours accessibles, ils ont au moins le mérite d’emmener la musique électronique dans des terrains encore inexplorés.
Les influences qui étaient sous-jacente dans les morceaux précédents de Floating Points sont ici exacerbées. Le premier titre de l’album sert d’amorce, Nespole installe doucement la tonalité des 40 minutes à venir. Pas un beat, de longues nappes électroniques, une basse qui fait son entrée progressivement et un rythme qui s’accélère sur les derniers instants: la voie semble toute tracée vers le club. Puis il fait demi tour. Silhouettes (I, II, III) marque alors réellement l’entrée dans l’album et dans la tète de Sam Sheperd. Dix minutes d’ondulations et de progressions, de plages de piano et de batterie donnant naissance à des chœurs aussitôt ravalés par des violons: les niveaux s’entrechoquent et il y a quelque chose de tragique qui se joue pour finalement revenir au statu quo initial.

Comme un légo

L’harmonie de l’album repose sur cette maîtrise des rapports de force entre électronique et classique. Les deux sont toujours mêlés et se soutiennent, les rythmiques électroniques servent de base aux notes de piano décousues (Elaenia), la batterie jazz supporte des sonorités plus expérimentales (Argente) ou l’un s’efface pour faire place à l’autre (For marmish, Thin air).
Les morceaux n’ont pas de sens pris indépendamment, l’album est conçu pour s’écouter d’une traite afin d’en comprendre la construction, les rouages et les évolutions  » I think this album as one 42 minutes track and that’s how I’d like to be received, ideally ». On passe par tous les états: du tragique (Silhouettes I, II, III) aux moments de vide (Elaenia) comme une période de transition avant une légère agitation (Thin air) et enfin le chaos (Peroration six). C’est une écoute qui demande de l’attention, sous la complexité il y a une réelle beauté et surtout une toute autre dimension à découvrir.

Floating Points - Elaenia
7.8Note finale
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